6-9 ans

Une voix dans le potiron

Au manoir, tout est presque prêt pour le goûter d’Halloween. Mais le grand potiron en carton se met à chuchoter… La Citrouille et le Petit Fantôme vont devoir tendre l’oreille avant de servir le jus de pomme !

Dans le manoir décoré, le Petit Fantôme libère l’écharpe de la Citrouille tandis qu’Éline termine un grand potiron en carton.

Dans la grande salle du manoir, la Citrouille essayait de nouer une guirlande entre deux dossiers de chaise. Son chapeau-feuille jaune penchait sur le côté, et son écharpe verte s’était prise dans le ruban.

« Je crois que je viens de m’emballer moi-même », annonça-t-elle.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne dorée sur une table. Avec ses petites mains de feutre blanc, il défit le nœud. Des chauves-souris en papier se balancèrent au-dessus des assiettes.

« Voilà. Tu es de nouveau une invitée, pas un cadeau. »

Près de la cheminée, Éline, la petite taupe décoratrice, ajustait un énorme potiron en carton. Elle avait peint des joues roses autour de son sourire.

« Il lui manque quelque chose. »

« Des moustaches ? proposa la Citrouille.

— C’est un potiron, pas un chat.

— Personne n’est parfait. »

Éline rit et ajouta deux taches de rousseur au décor.

Dehors, le soir descendait sur les arbres roux. Une branche grattait doucement une vitre : scritch… scritch… Sur la table attendaient des biscuits en forme de lune et des bonbons enveloppés.

Il ne manquait que les boissons. En cuisine, au bout du couloir, Marin, le lapereau cuisinier, préparait douze bouteilles de jus de pomme.

Éline partit chercher des rubans dans le vestibule.

La Citrouille ramassa une étoile en papier. Elle allait la coller lorsque trois petits coups résonnèrent derrière le grand potiron.

Toc. Toc. Toc.

Puis quelque chose soupira dans le mur.

La Citrouille resta immobile, son étoile entre les doigts.

« Tu as entendu ? »

Le Petit Fantôme hocha la tête.

Un long froissement parcourut la salle. Sur le mur, une ombre pointue remua au-dessus du potiron.

« Elle a des oreilles », chuchota la Citrouille.

Le Petit Fantôme leva sa lanterne. L’ombre s’allongea jusque sur le plafond.

Alors une voix creuse sortit du décor :

« Un… ton… noir… s’il vous plaît… »

Les deux amis firent un bond. L’étoile tomba sur le nez peint du potiron.

« Un ton noir ? répéta la Citrouille. Il veut qu’on le repeigne ? »

Le Petit Fantôme contempla la grande bouche de carton. Elle n’avait pas bougé. Pourtant, un nouveau soupir semblait rouler derrière ses dents peintes.

« Peut-être que quelqu’un est caché derrière. »

Ils contournèrent le décor, chacun d’un côté. Personne. Rien qu’un rideau, un pied de bois et un petit morceau de cuivre qui dépassait du mur.

Un bruit monta de la cloison : glou… glou… glou…

La Citrouille serra son étoile, qu’elle venait de récupérer.

« Maintenant, il gargouille. »

Dans le vestibule, une porte grinça. Éline revint avec ses rubans.

« Pourquoi regardez-vous mon potiron comme ça ?

— Parce qu’il vient de demander quelque chose, répondit le Petit Fantôme. Et je crois qu’il n’est pas très content de notre réponse. »

La Citrouille et le Petit Fantôme regardent le potiron en carton, tandis que la lanterne projette une ombre pointue au mur.

Éline posa ses rubans et passa derrière le décor.

« Oh ! J’avais complètement oublié ceci ! »

Elle écarta le rideau. Le morceau de cuivre était un petit pavillon rond, fixé à un tuyau. Sur une plaque ternie, le Petit Fantôme déchiffra :

« Cuisine. »

À cet instant, la voix revint, plus nette :

« Un entonnoir, s’il vous plaît ! Mon torchon a déjà bu la moitié du jus ! »

La Citrouille ouvrit de grands yeux.

« Marin ! »

Elle approcha sa bouche du pavillon.

« C’est toi qui gargouilles dans notre potiron ?

— Moi ? Je remplis des bouteilles ! Enfin… j’essaie. »

Éline expliqua que le tuyau servait autrefois à demander les plats depuis la salle. Les trois coups venaient de Marin : il avait tapoté le pavillon avec une cuillère pour appeler.

« Et les soupirs ? demanda le Petit Fantôme.

— Je soufflais dedans pour savoir s’il fonctionnait ! »

Restait l’ombre aux oreilles pointues.

Éline tira le rideau un peu plus loin. Sur une étagère basse, un hibou de carton portait un énorme chapeau argenté. Le courant d’air faisait frémir ses ailes de papier.

Le Petit Fantôme déplaça sa lanterne. L’ombre glissa avec elle.

« Notre mystérieux personnage est donc un hibou très mal coiffé ! »

Il souleva le chapeau : c’était un entonnoir posé à l’envers.

Éline le remplaça par un cône violet.

« Voilà. Monsieur garde son allure de magicien, et Marin récupère son ustensile. »

Éline dévoile un tuyau de cuivre derrière le rideau ; la Citrouille y parle, et le Fantôme tient un entonnoir argenté.

En cuisine, Marin accueillit ses amis avec les oreilles dressées. Devant lui, douze bouteilles attendaient à côté d’une grande bassine de jus et d’un pichet.

Il montra une bouteille contenant à peine deux gorgées.

« Voici mon premier essai. Le reste a préféré la table. »

Le Petit Fantôme rinça l’entonnoir, puis le tendit à la Citrouille. Elle l’installa dans un goulot.

Marin versa doucement. Le jus descendit, glouglouta… puis s’immobilisa. Une petite mare dorée se forma dans l’entonnoir.

« Tiens ? »

Marin redressa son pichet.

Le Petit Fantôme examina la bouteille.

« Elle n’est pourtant pas pleine. »

Dans la cour, des voix joyeuses annoncèrent les premiers invités. Les oreilles de Marin retombèrent.

« À cette allure, les biscuits seront mangés avant l’arrivée des boissons. »

La Citrouille souleva légèrement l’entonnoir pour regarder dessous. Aussitôt, une grosse bulle remonta et le jus s’écoula.

« Recommence ! » demanda Marin.

Ils essayèrent avec une deuxième bouteille. Enfoncé complètement, l’entonnoir bloquait l’écoulement. Un peu relevé, il laissait passer le jus.

« L’air veut sortir, comprit la Citrouille. Il lui faut une petite place ! »

Ils trouvèrent leur rythme : Marin versait par petites quantités, la Citrouille tenait l’entonnoir légèrement soulevé et le Petit Fantôme échangeait les bouteilles.

Trois, quatre, cinq…

« Finalement, dit Marin, le plus grand buveur de la cuisine n’est plus mon torchon. »

Dans la cuisine, Marin verse du jus dans l’entonnoir tenu par la Citrouille, pendant que le Petit Fantôme rapproche les bouteilles vides.

Huit, neuf, dix bouteilles…

Éline entra, un ruban orange accroché à ses lunettes.

« Tout le monde cherche une place. Où en êtes-vous ?

— À deux bouteilles du bonheur », répondit Marin.

La petite taupe emporta un premier plateau. Les trois amis terminèrent le remplissage, puis essuyèrent les quelques gouttes tombées sur la table.

Quand ils rejoignirent la salle, des capes à pois et des oreilles en tissu dépassaient des dossiers des chaises. Dehors, la nuit avait enveloppé le jardin. Dedans, les biscuits circulaient déjà.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne au milieu de la table. Sur le mur, le hibou coiffé de violet projetait sa drôle de silhouette.

« Je le préfère quand il ne se cache pas », confia la Citrouille.

Elle colla enfin son étoile sur le nez du grand potiron.

Marin retourna chercher les dernières bouteilles. Un instant plus tard, une voix résonna dans le décor :

« Un biscuit, s’il vous plaît ! »

Cette fois, la Citrouille éclata de rire.

« Certainement. Mais il ne passera pas par le tuyau ! »

Éline montra le pavillon aux invités, pendant que le Petit Fantôme faisait danser l’ombre du hibou en déplaçant sa lanterne.

La Citrouille prit un biscuit en forme de lune et un grand verre de jus pour Marin.

Derrière elle, le potiron demanda encore :

« Avec beaucoup de pépites ! »

« Quel décor gourmand », répondit-elle.

Et elle partit porter sa commande au véritable bavard de la cuisine.

Parmi les invités costumés, la Citrouille transporte un biscuit et du jus, tandis que le Petit Fantôme éclaire un hibou en carton.

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