6-9 ans

Atchoum dans l’armoire violette

La cape du présentateur a disparu juste avant le concours de déguisements ! Pour la retrouver, la Citrouille et le Petit Fantôme doivent suivre une piste de confettis jusque dans l’armoire violette.

Léonie, petite souris grise, sort d’une armoire violette avec une cape étoilée, près d’une Citrouille surprise et d’un fantôme portant une lanterne.

Au manoir des Noisetiers, on avait accroché des guirlandes de bonbons jusque sur les poignées des portes. Dehors, la nuit d’automne enveloppait le jardin. Dedans, tout sentait la pomme cuite et les biscuits à la cannelle.

Armand, le lapereau présentateur, examinait la grande horloge du salon.

« Le concours commence dans dix minutes, annonça-t-il. J’ai mes fiches, mon nœud papillon, ma voix de cérémonie… mais pas ma cape ! »

La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune.

« Celle qui est bleue avec des étoiles argentées ? — Oui ! Je l’ai laissée dans la pièce des costumes. »

Le Petit Fantôme souleva sa lanterne dorée. Sa douce lumière éclaira son petit corps de feutre blanc.

« Nous te la rapportons ! »

Ils traversèrent le vestibule. Dans la pièce des costumes, les rires du salon semblaient soudain très loin. Quelques confettis dorés menaient jusqu’à l’armoire violette.

Scritch… scritch…

Quelque chose grattait derrière les portes.

La Citrouille s’immobilisa. Sur le mur, une ombre mince se balançait, coiffée d’une pointe tremblante.

« Tu as vu ? » murmura-t-elle.

Le grattement cessa. Une poignée remua. Puis un énorme bruit jaillit du meuble :

« AAAATCHOUM ! »

Le chapeau-feuille de la Citrouille se dressa presque tout droit. Le Petit Fantôme fit un bond qui le transforma en mouchoir volant.

Une plume rose dépassa entre les portes. Au ras du meuble apparut un petit soulier couvert de confettis dorés.

« Une armoire avec des chaussures ? » souffla la Citrouille.

La porte s’ouvrit. Léonie, la petite souris comédienne, en sortit en riant. Elle portait un gilet framboise et un chapeau à plume rose.

« Cette plume me chatouille le museau ! Et mon chapeau frotte contre la porte chaque fois que je me tourne. »

La plume projeta sur le mur la grande pointe tremblante. Le Petit Fantôme la reconnut et poussa un soupir.

« Ton ombre fait une entrée presque aussi spectaculaire que toi ! »

Sur le bras de Léonie reposait la cape bleue. Elle la tendit à la Citrouille, qui dut la plier en deux pour ne pas marcher dessus.

« Nous cherchions justement cela ! Armand en a besoin pour annoncer le concours. — Je la lui ai empruntée pour répéter son arrivée, expliqua Léonie. Je voulais surgir de l’armoire avec la cape, puis la lui poser sur les épaules. Regardez ! »

Elle tira un petit tabouret au milieu de la pièce, monta dessus et prit une grande inspiration.

« Mesdames, messieurs, papillons, sorciers, poires et chevaliers… »

Le Petit Fantôme regarda la porte.

« Il y a une poire ? — Deux, précisa Léonie. Mais l’une dit qu’elle est une pomme. »

La souris poursuivit. Elle salua vers la gauche, vers la droite, puis vers un public imaginaire installé au plafond. Ensuite, elle raconta comment Armand avait appris à prononcer le mot « extraordinaire » sans emmêler ses moustaches.

La Citrouille changea la cape de bras.

« Ton entrée est très belle, mais combien de temps dure-t-elle ? — Avec la chanson ou sans la chanson ? »

Dans le salon, Armand appela :

« Plus que six minutes ! »

Léonie descendit du tabouret.

« Alors, sans la chanson. »

Elle observa sa longue feuille de discours, qui traînait jusqu’à ses souliers.

« Et peut-être sans les douze salutations. »

Le Petit Fantôme lui sourit.

« Viens avec nous. Tu trouveras les mots en marchant. »

Léonie roula sa feuille, la glissa dans son gilet et ouvrit la porte avec un grand geste de comédienne.

« En route pour la scène ! »

Debout sur un tabouret, Léonie déroule un long discours tandis que la Citrouille tient la cape étoilée et que le fantôme surveille la porte.

Dans le vestibule, les participants s’étaient rangés pour entrer au salon. Du moins, ils avaient essayé.

Un renardeau déguisé en dragon occupait presque toute la largeur du passage avec sa queue rembourrée. Devant lui, une hérissonne portait une robe de nuage. Deux écureuils costumés en poires discutaient près d’un panier de bonbons.

« Je suis une pomme, répétait le plus petit. — Une pomme avec une queue de poire ? — C’est une pomme originale. »

La Citrouille serra la cape contre son écharpe verte.

« Pardon, nous devons passer. »

Le dragon voulut se tourner, mais sa queue poussa le nuage, qui fit reculer les deux fruits. Tout le monde se retrouva de travers.

« Ne bougez plus, dit la hérissonne. Je crois que mon ruban est sous ton pied. »

Le Petit Fantôme essaya de se glisser entre deux costumes en soulevant un coin de la cape pour aider la Citrouille. Il avançait très bien, lui, mais le tissu ne passait pas. Une pointe bleue s’accrocha à une feuille de papier vert.

Il recula et la dégagea délicatement.

Au bout du couloir, l’horloge du salon indiquait trois minutes avant le début.

La Citrouille regarda derrière elle. L’autre chemin traversait la cuisine, puis la salle à manger : ils ne gagneraient rien à faire le tour.

Pour la première fois, elle douta d’arriver à temps.

« Si nous forçons le passage, nous allons déchirer quelque chose. Mais si nous attendons… »

Léonie observait la petite foule. Elle sortit son discours, regarda sa première phrase, puis les costumes entassés.

Elle n’avait peut-être pas besoin de douze salutations pour attirer leur attention.

Elle toucha sa plume rose.

« Je crois que mon entrée va commencer ici. »

Dans le couloir encombré d’animaux costumés, le petit fantôme décroche la cape étoilée d’une feuille en papier, près de la Citrouille.

Léonie grimpa sur une marche du petit escalier du vestibule. De là, elle voyait les oreilles, les chapeaux et même les deux poires.

Elle leva une patte et prit sa plus belle voix de théâtre :

« Chers participants, le concours va bientôt commencer ! Pour accueillir vos merveilleux costumes, notre présentateur attend sa cape. Et sa cape attend… un chemin ! »

Les conversations cessèrent.

Le renardeau regarda sa longue queue.

« Ah. Je crois que je fais barrage. »

Il ramena le bout rembourré contre lui. La hérissonne souleva sa robe de nuage. Les écureuils se serrèrent près du mur.

« Les grands chapeaux à gauche, proposa Léonie, et les grandes queues à droite ! »

Un passage se dessina, mince d’abord, puis assez large pour la Citrouille.

Le Petit Fantôme passa devant avec sa lanterne. La Citrouille suivit en portant la cape sur ses deux bras, comme un gâteau très précieux.

« Attention, livraison d’étoiles ! » annonça-t-elle.

Cette fois, tout le monde écarta volontiers les manches, les ailes et les rubans.

Armand les attendait près de l’estrade. Ses fiches étaient rangées, son nœud papillon aussi droit qu’une règle.

« La voilà ! » s’exclama-t-il.

La Citrouille lui posa la cape sur les épaules pendant que le Petit Fantôme retrouvait l’attache sous le col.

« Elle répétait son entrée avec Léonie, expliqua la Citrouille. — J’espère qu’elle connaît son texte », répondit Armand en faisant tournoyer un pan étoilé.

Dans le vestibule, Léonie donnait encore ses indications :

« Avancez tranquillement, les fruits. Un dragon à la fois ! »

Armand jeta un coup d’œil à l’horloge.

Il restait une minute.

La Citrouille pose la cape étoilée sur les épaules du lapereau Armand, tandis que Léonie dirige les animaux costumés depuis une marche.

Léonie rejoignit ses amis au pied de l’estrade. Sa plume rose penchait maintenant derrière son oreille.

« J’ai raccourci mon discours », souffla-t-elle.

Elle montra sa feuille. Seul un petit carré dépassait : le reste avait été roulé très serré.

« Tu as gardé la chanson ? demanda la Citrouille. — Une seule note. Mais une belle. »

Armand monta sur l’estrade. Sa cape se déploya derrière lui, et les étoiles argentées brillèrent sous les guirlandes.

La grande aiguille de l’horloge atteignit le douze.

Léonie fit trois pas bondissants, tourna sur un soulier doré et ouvrit les bras.

« Voici Armand, notre présentateur ! Que le défilé des déguisements commence ! »

Puis elle chanta un magnifique :

« Taaa ! »

Ce fut bref, sonore et parfaitement juste.

Armand accueillit les premiers participants à l’heure prévue. Le dragon entra en tenant sa queue sur le bras. Le nuage passa sans perdre un flocon. Les deux écureuils s’avancèrent ensemble.

« Deux jolies poires ! » annonça Armand.

Le plus petit leva la patte.

« Une poire et une pomme originale », corrigea aussitôt le présentateur.

Près de l’estrade, le Petit Fantôme posa sa lanterne dorée sur une table. La Citrouille arrangea son écharpe verte et tendit à Léonie un biscuit à la cannelle.

La souris mordit dedans, puis frotta son museau.

La Citrouille regarda la plume.

Léonie aussi.

Sans un mot, elle retira son chapeau et le posa sur ses genoux.

Cette fois, son sourire resta tout entier, sans le moindre atchoum.

Sur l’estrade, Armand porte sa cape étoilée devant les animaux costumés, tandis que Léonie, assise près de ses amis, tient un biscuit.

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