6-9 ans
Une moustache pour chaque muffin
Pour reconnaître les muffins à la pomme et ceux à la poire, Basile a une idée délicieuse : des moustaches en chocolat ! Mais à qui faut-il les mettre, exactement ?

Dans la cuisine du petit manoir, deux plateaux de muffins refroidissaient près de la fenêtre. Dehors, les feuilles d’automne tourbillonnaient. Dedans, cela sentait le beurre chaud et les fruits cuits.
Basile, le jeune pâtissier, posa une liste sur la table.
« Les enfants ont choisi leur parfum : pomme ou poire. Il faut pouvoir les reconnaître avant le goûter. »
La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune. Son écharpe verte traînait presque dans la farine.
« Les enfants ? Je les reconnais très bien. Lison a de longues oreilles. – Je parle des muffins ! » répondit Basile en riant.
Le Petit Fantôme, tout en feutre blanc, déposa sa lanterne dorée près du sucre. Il examina les gâteaux : mêmes bosses dorées, mêmes caissettes brunes. Même air de vouloir être mangés.
Basile réfléchit en tapotant son menton.
« Faisons-leur des moustaches en chocolat. Des pointes relevées pour la pomme, des pointes tombantes pour la poire. Je vais chercher les serviettes et la liste des places. Vous vous en chargez ? »
La Citrouille avait surtout entendu : « Faisons-leur des moustaches. » Elle regarda par la fenêtre les premiers enfants déguisés qui traversaient le jardin.
« Des moustaches pour les invités, quelle excellente idée ! » murmura-t-elle.
Le Petit Fantôme avait surtout regardé les muffins.
« Une moustache sur chacun, c’est compris. »
Basile monta l’escalier avec un panier sous le bras.
« Ceux de gauche sont à la pomme ! » lança-t-il.
Mais, au même instant, la grosse horloge sonna quatre coups. La Citrouille entendit « gauche ». Le Petit Fantôme entendit « pomme ». Aucun des deux ne trouva cela inquiétant.
La Citrouille trouva des moules à chocolat en forme de moustaches dans un tiroir. Basile les utilisait pour décorer ses grandes brioches du dimanche.
Pour faire de la place, elle poussa un plateau vers la fenêtre et l’autre vers le placard. Puis elle versa le chocolat fondu dans les moules.
« Il faudra des rubans pour les porter », déclara-t-elle.
Le Petit Fantôme hocha la tête.
« Évidemment. Sinon, comment les faire tenir ? »
Avant que le chocolat durcisse, la Citrouille ménagea deux petits trous dans chaque moustache avec un bâtonnet. Elle posa ensuite les moules sur le rebord frais de la fenêtre.
Ils allèrent chercher une boîte de rubans dans le placard des déguisements. Puis chacun se mit au travail, d’un côté de la table.
La Citrouille prépara de longues attaches, parfaites pour passer derrière les oreilles des invités. Le Petit Fantôme choisit un ruban violet et entreprit de ceinturer un muffin pris sur le plateau près du placard.
Le nœud glissa.
Il recommença.
Cette fois, le nœud tint, mais il était plus gros que la moustache.
« On dirait un papillon qui mange une brosse », observa-t-il.
La Citrouille, occupée à démouler le chocolat, répondit :
« Les papillons ont bien le droit d’être invités. »
Le Petit Fantôme ajouta un second tour de ruban pour redresser la moustache. Puis un troisième, parce que le deuxième avait entraîné le premier.
Quand Lison, la petite lapine, entra dans la cuisine, elle découvrit un muffin ficelé de haut en bas, coiffé d’un énorme nœud.
« Oh ! Qui a commandé un colis ? »
Le Petit Fantôme contempla son ouvrage.
« C’était un gâteau, au début. »
Lison posa son panier et retroussa les manches de sa robe prune.
« Je crois qu’il faut le déballer avant qu’il parte par la poste. »

Lison défit les rubans pendant que le Petit Fantôme lui expliquait le code.
« Pointes en haut : pomme. Pointes en bas : poire. »
La Citrouille se retourna, une moustache devant la bouche.
« Mais les moustaches sont pour les invités ! – Basile a dit de les mettre aux muffins ! – Il a dit de leur faire des moustaches. – Justement ! »
Lison dressa une oreille, puis l’autre.
« Combien de personnes peuvent avoir raison en même temps ? »
Pour montrer son idée, la Citrouille noua une moustache sous son nez. Le nœud glissa aussitôt derrière son chapeau-feuille. La moustache pivota et lui chatouilla un œil.
Le Petit Fantôme voulut l’aider. Il accrocha le bout du ruban violet, encore enroulé autour du muffin, et fit tourner le gâteau comme une toupie.
Lison le rattrapa contre son panier.
« Livraison arrivée ! »
Ils rirent si fort que la Citrouille dut s’asseoir.
La petite lapine retira le dernier ruban et remit le muffin sur son plateau, près du placard.
« Au fait, lesquels sont à la pomme ? » demanda-t-elle.
Le silence tomba.
« À gauche », dit la Citrouille.
Elle se trouvait devant la fenêtre. Le Petit Fantôme, lui, était face à elle.
« Donc ceux-là ? » demanda-t-il en montrant l’autre plateau.
Ils firent le tour de la table. Leur gauche changea de côté. Les muffins, eux, restaient obstinément pareils.
Lison les renifla. Elle sentit du beurre, du sucre et un peu de chocolat sur ses propres doigts.
Dans l’entrée, la sonnette tinta.
« Les invités arrivent », souffla-t-elle.
La Citrouille posa sa moustache de travers sur la table.
« Et nous avons deux plateaux de mystère. »

Basile redescendit avec les serviettes.
Il regarda les longues attaches, les moustaches éparpillées et les rubans tire-bouchonnés.
« Je vois que mes gâteaux ont prévu de sortir. »
La Citrouille serra les bouts de son écharpe.
« Nous ne savons plus où est la pomme. »
Basile s’approcha des plateaux. L’un était maintenant près de la fenêtre, l’autre près du placard.
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
« Ah. Moi non plus. »
Dans la salle voisine, un enfant demanda :
« Est-ce que mon muffin à la poire est prêt ? »
Le Petit Fantôme baissa les yeux.
« On pourrait dire que tout le monde a choisi la surprise ? – Mais ils n’ont pas choisi la surprise », répondit Lison.
Elle regarda longuement les muffins. Les casser tous pour examiner les fruits ferait un goûter bien émietté. Les sentir ne servait à rien.
Puis son nez frémit.
« Les deux parfums n’ont pas été mélangés, n’est-ce pas ? – Chaque muffin est resté sur son plateau, confirma le Petit Fantôme. Même mon colis. – Alors il suffit d’en goûter un ! Moi, j’ai demandé pomme. Si je tombe sur poire, Basile aura déjà son goûter. »
Elle prit un muffin sur le plateau près de la fenêtre et en détacha un petit morceau.
Les trois autres attendirent. Lison mâcha, réfléchit, puis goûta un deuxième morceau.
« Alors ? » chuchota la Citrouille.
Lison sourit.
« Je réfléchissais à la taille de ma prochaine bouchée. C’est bien de la pomme. »
Basile rapprocha aussitôt ce plateau et y posa une moustache aux pointes relevées.
« Alors l’autre est à la poire. Et maintenant, j’ai une idée pour utiliser toutes vos moustaches. Même les très longues ! »

Basile disposa les muffins sur deux grands plats. Sur ceux à la pomme, il fixa les moustaches aux pointes relevées avec une noisette de chocolat. Sur ceux à la poire, il posa les moustaches aux pointes tombantes.
Pendant ce temps, la Citrouille et Lison alignèrent les moustaches à porter dans deux corbeilles. Les rubans les plus longs devinrent de gros nœuds sur les anses.
« Vous avez choisi pomme ? Prenez une moustache qui remonte ! annonça Basile aux invités. Vous préférez poire ? Prenez une moustache qui descend ! Votre gâteau sera assorti à votre visage. »
La salle du goûter se remplit bientôt de petits messieurs en capes, de grandes dames à oreilles de chat et de sorciers moustachus qui avaient du mal à rester sérieux.
Le Petit Fantôme apportait les plats. Il n’avait plus besoin de demander les parfums : un regard sous le nez de chaque invité suffisait.
Un garçon tourna pourtant sa moustache à l’envers.
« Maintenant, je suis passé de pomme à poire ! – Pas ton gâteau », répondit Lison, la bouche pleine.
La Citrouille choisit une moustache si large qu’elle dépassait des deux côtés de son visage. Lorsqu’elle voulut boire, les pointes plongèrent dans son lait.
« Il pleut du chocolat », constata-t-elle.
Basile déposa devant le Petit Fantôme le muffin qui avait été ficelé.
« Celui-ci a beaucoup voyagé. Il mérite de se reposer dans ton assiette. »
Le Petit Fantôme redressa délicatement sa moustache aux pointes tombantes.
Puis il s’en attacha une autre, juste au-dessus de son grand sourire.
Lison les contempla tous les deux.
« C’est drôle. Je sais reconnaître les muffins, maintenant… mais lequel de vous deux est le Petit Fantôme ? »
Le Petit Fantôme leva sa lanterne dorée.
« Celui qui n’a pas encore été croqué ! »

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