6-9 ans

Un toit pour le courrier

Avant le coucher du soleil, la Citrouille et le Petit Fantôme doivent réparer la boîte à courrier du village. Mais le vent d’automne n’a pas du tout l’intention de leur faciliter la tâche.

Firmin retient le couvercle fendu d’une boîte aux lettres bleue, devant la Citrouille et le Petit Fantôme portant sa lanterne.

La Citrouille ramassait des feuilles devant sa maison quand un claquement retentit près du portail.

Clac ! Clac ! Flap !

Sur le poteau de la boîte à courrier, Firmin, le jeune corbeau messager, retenait un couvercle avec ses deux ailes.

« Je veux bien livrer les lettres, protesta-t-il, mais pas servir de parapluie ! »

La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune et coinça son écharpe verte sous son menton. Le couvercle en bois était fendu d’un bout à l’autre. Au fond de la boîte, une petite flaque entourait une feuille de bouleau.

Le Petit Fantôme arriva en flottant au ras du chemin. Son corps de feutre blanc frissonnait dans la brise. Il leva sa lanterne dorée pour éclairer l’intérieur.

« Heureusement qu’il n’y a pas encore de courrier.

– Pas encore, répéta Firmin. Mais ce soir, j’apporte les invitations à la fête des Lanternes. Elles viennent de l’imprimerie du moulin. »

Sur chaque carte figuraient un nom et une heure d’arrivée : les plus jeunes étaient attendus pour les jeux, les plus grands pour la promenade aux lanternes.

« Si l’encre se mouille, expliqua Firmin, personne ne saura quand venir. Ma dernière tournée passe ici au coucher du soleil. »

La Citrouille regarda le ciel. Un lourd nuage gris suivait lentement les collines.

« Alors il nous faut un toit neuf. Avant ce nuage. Et avant toi. »

Firmin replia ses ailes.

« Je préférerais nettement arriver deuxième. »

Le Petit Fantôme sécha la boîte avec un chiffon, pendant que la Citrouille détachait le vieux couvercle de ses deux charnières. Puis elle posa une feuille de papier sur le bois et marqua les endroits où passaient les vis.

« Voilà notre gabarit. Avec lui, les nouveaux trous tomberont juste en face des anciens. »

Ils emportèrent le papier chez Suzon, la petite boulangère. Sa boutique sentait la brioche et les pommes chaudes. Derrière la vitrine, des biscuits en forme de chauves-souris refroidissaient sur une grille.

« Une plaque de bois ? demanda Suzon. J’en ai gardé une d’une ancienne boîte à gâteaux. Attendez… »

Elle fouilla sous son comptoir. On entendit remuer des moules, puis rouler quelque chose.

« Ah ! Non. Ça, c’est une noisette. »

Enfin, elle sortit une petite plaque lisse, peinte en bleu sur une face. La Citrouille y posa le gabarit : le bois dépassait légèrement de chaque côté.

« Parfait ! La pluie glissera au lieu de rentrer. »

Suzon leur prêta aussi sa petite chignole, quelques vis et un tournevis, rangés dans une boîte.

Pendant ce temps, Firmin devait repartir au moulin chercher les invitations.

« Je vous retrouverai à la boîte, promit-il.

– Tu reconnaîtras l’endroit, répondit le Petit Fantôme. Ce sera celui où deux réparateurs auront très envie d’avoir terminé. »

Ils quittèrent la boulangerie avec leur matériel. Sur la colline, le soleil touchait déjà la cime des peupliers.

Dans la boulangerie, Suzon tend une plaque bleue à la Citrouille, tandis que le Petit Fantôme porte les outils.

Le chemin du retour longeait un champ de citrouilles. Le Petit Fantôme portait la boîte à outils, tandis que la Citrouille serrait la plaque bleue contre elle. Le gabarit reposait dessus, maintenu sous ses doigts.

Ils avaient atteint le petit pont quand une rafale s’engouffra entre les haies.

L’écharpe verte se souleva. Le chapeau-feuille bascula. Et le papier s’échappa.

« Attrape-le ! »

Le Petit Fantôme tendit un coin de son corps de feutre. Le gabarit le frôla, tourbillonna au-dessus du parapet et descendit vers le ruisseau.

La Citrouille courut jusqu’au bout du pont. Trop tard. Le papier se posa sur l’eau, se plia autour d’une branche, puis disparut sous l’arche.

Pendant un instant, ils n’entendirent que le ruisseau.

« On pourrait percer à peu près au bon endroit », souffla le Petit Fantôme.

La Citrouille contempla la plaque.

« Si les trous sont de travers, le couvercle ne fermera pas. Et si on en fait trop, on aura fabriqué une passoire. »

Une goutte tomba sur son chapeau.

Ils repartirent sans parler. Près du portail, Firmin les attendait déjà, sa sacoche gonflée de cartes.

« Vous avez fini ? »

Le Petit Fantôme posa la boîte à outils.

« Nous avons le toit. Mais nous avons perdu l’endroit où l’attacher. »

Firmin leva les yeux vers le soleil, maintenant tout près de la colline. Puis il regarda les deux charnières nues.

« Montrez-moi ce qu’il reste. »

Sur le pont, la Citrouille serre la plaque bleue tandis que le Petit Fantôme tente d’attraper le papier emporté par le vent.

Firmin examina la boîte, puis le vieux couvercle posé dans l’herbe.

« Le papier a disparu, dit-il, mais les anciens trous sont toujours là ! »

Il tira de sa sacoche une ficelle qui entourait les invitations.

La Citrouille retrouva un peu d’espoir. Elle posa le vieux couvercle au milieu de la plaque bleue, en laissant dépasser autant de bois de chaque côté. Le Petit Fantôme en traça le contour au crayon.

Ensuite, ils tendirent la ficelle sur le vieux bois. Des nœuds marquaient la distance entre le bord et les trous des vis. En reportant ces distances depuis le contour dessiné, ils pouvaient retrouver chaque emplacement sur la plaque neuve.

Le Petit Fantôme maintenait la ficelle bien droite. Firmin surveillait les nœuds de son œil rond.

« Celui-là a bougé, annonça-t-il.

Tu es sûr ?

Je connais les nœuds. Ma sacoche en invente trois nouveaux chaque matin. »

Ils recommencèrent cette mesure. Cette fois, tout correspondait.

À l’abri de l’auvent, la Citrouille fit les trous avec la petite chignole. Puis ils fixèrent la plaque aux charnières.

Le couvercle descendit… et resta entrouvert.

« Oh non », murmura le Petit Fantôme.

Une nouvelle goutte tinta sur la lanterne. Firmin serra sa sacoche sous son aile.

La Citrouille s’accroupit pour regarder de côté. Une charnière était légèrement de travers : elle tirait le couvercle vers le rebord.

« Je crois que j’ai trouvé. »

Elle desserra les vis, le Petit Fantôme recentra la plaque et Firmin tint le bord pendant qu’elle resserrait.

Le couvercle descendit de nouveau.

Cette fois, il se posa bien à plat, avec un petit toc.

Sous le porche, la Citrouille marque la plaque bleue au crayon, le Petit Fantôme tend une ficelle et Firmin inspecte un nœud.

Personne ne bougea pendant quelques secondes.

Puis le Petit Fantôme souleva le couvercle et le referma.

Toc.

Il recommença.

Toc.

« Je pourrais écouter ça toute la soirée », déclara-t-il.

Mais Firmin avait encore une livraison à faire. Au-dessus de la colline, il ne restait du soleil qu’un mince croissant orange.

Le jeune corbeau ouvrit sa sacoche. Il en tira un paquet de cartes couleur de crème, décorées de petites lanternes et de feuilles rouges. La Citrouille passa une dernière fois le chiffon au fond de la boîte.

« Le logement de ces dames est prêt. »

Firmin glissa les invitations à l’intérieur. Sur celle du dessus, on lisait parfaitement : « Suzon. Rendez-vous à dix-huit heures devant le grand marronnier. »

Le Petit Fantôme rabattit le couvercle au moment où le soleil disparaissait.

Alors la pluie arriva pour de bon.

Ils se serrèrent sous l’auvent. Les gouttes frappaient le bois bleu, roulaient jusqu’au bord et tombaient dans l’herbe. Aucune ne passait à l’intérieur.

La Citrouille entrouvrit la boîte pour regarder. Les cartes étaient sèches.

Au bout du chemin, Suzon apparut sous un parapluie à pois, un petit panier au bras.

« J’ai pensé que vos travaux avaient peut-être besoin de brioches. »

Firmin lui remit son invitation, puis reçut une brioche presque aussi ronde que lui.

« Finalement, dit-il, je garde mon métier de messager. »

Le Petit Fantôme leva sa lanterne dorée pour éclairer les miettes.

Sur la boîte bien fermée, la pluie continuait de faire toc, toc, toc.

Sous la pluie, la boîte bleue réparée reste fermée, tandis que Suzon rejoint les trois amis avec un panier de brioches.

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