6-9 ans

Un costume pour toutes les pattes

Ce soir, tout le village défile sous les étoiles d’automne. Mais comment emporter ses bonbons quand son déguisement ne laisse plus bouger ses pattes ?

Dans la cour automnale, Lila examine ses ailes coincées contre une roue, tandis que ses amis costumés l’entourent parmi les feuilles.

Dans la cour de la Citrouille, les feuilles craquaient comme des papiers de bonbons. Le défilé partirait à la tombée du jour, et chacun essayait son déguisement.

La Citrouille rajusta son chapeau-feuille jaune et son écharpe verte.

« Pour ma part, annonça-t-elle, je serai une citrouille très élégante. »

Le Petit Fantôme lissa son feutre blanc. À sa main brillait une lanterne dorée.

« Et moi, un fantôme particulièrement bien repassé. »

Lila éclata de rire, puis fit avancer son fauteuil roulant. Elle portait de grandes ailes violettes, couvertes d’étoiles. Mais, au premier tour de roue, une aile se coinça contre le pneu.

« Encore ? » souffla la lapine.

Elle libéra le tissu et recommença. L’autre aile s’accrocha aussitôt.

Près du banc, Anatole voulut prendre une pose majestueuse. Sa longue cape rouge passa sous une patte. Le caneton bascula et atterrit assis dans un tas de feuilles.

« C’était ma pose de feuille morte », expliqua-t-il, une brindille en travers du bec.

Paco, lui, avait enfilé de grosses moufles bleues pour réchauffer ses pattes vite gelées. Il tenta de saisir l’anse de son panier. Elle glissa. Il recommença. Le panier vide se renversa entre ses pieds.

Cette fois, personne ne rit.

« Sans moufles, j’aurai froid. Avec elles, je ne peux rien tenir », dit le hérisson.

Lila contempla ses belles ailes froissées.

« Vous savez… je préfère peut-être rester chez moi. »

La Citrouille cessa de remettre son chapeau droit.

« Avant de décider, venez voir ce qu’il reste dans mon grenier. »

Le Petit Fantôme monta chercher les réserves de déguisements. Depuis le bas de l’escalier, les autres lui indiquaient ce qu’ils voulaient.

« La grande boîte à rayures ! demanda Paco.

— Et le rouleau vert ! ajouta Lila.

— Pas le chapeau à plumes, précisa Anatole. J’ai déjà assez de choses qui dépassent. »

Soudain, un long grattement résonna au-dessus de leurs têtes.

Tout le monde se tut.

Le bruit recommença. Rrrrac… rrrrac… Quelque chose traînait derrière une malle. Sur le mur du grenier, une ombre pointue se mit à trembler.

Anatole rentra le cou dans son col.

« Ce chapeau à plumes… il ne se promène pas tout seul, au moins ? »

Le Petit Fantôme leva sa lanterne. Une écharpe venait de glisser de la malle et traînait sur le plancher. À son extrémité, une minuscule souris tirait de toutes ses forces. Sa petite oreille, éclairée de côté, faisait la grande ombre pointue.

« Une souris ! annonça-t-il.

— Elle aussi prépare son costume », dit la Citrouille.

La souris lâcha l’écharpe et repartit avec un pompon. Le grattement cessa. Anatole ressortit le cou.

« Pour une si petite couturière, elle fait beaucoup de bruit. »

Le Petit Fantôme redescendit bientôt, les bras chargés.

On étala dans la cour un drap vert, du tissu brun, des rubans et deux coussins. La Citrouille rapporta aussi le petit chariot qui lui servait à transporter ses pots de fleurs.

Paco posa les moufles sur ses genoux.

« On pourrait être trois champignons. Les champignons ne portent pas de panier.

— Justement, moi, j’en veux un », répondit Lila.

Elle observa le chariot, puis le tissu brun roulé sur lui-même.

« Regardez… On dirait une coquille.

— Une coquille d’escargot ! s’écria Anatole.

— Un grand escargot, dit Lila. Avec assez de place pour nous tous. »

La Citrouille déplia le drap vert sur le sol.

« Alors, commençons par dessiner où chacun veut se mettre. »

Au pied de l’escalier, la Citrouille étale un drap vert près d’un chariot, tandis que Lila désigne un rouleau de tissu brun.

Lila traça le plan à la craie sur les dalles. Son fauteuil serait à l’avant, du côté gauche. Anatole marcherait à droite. Paco prendrait place derrière eux, à côté de la coquille.

Le petit chariot porterait le tissu brun, roulé autour des coussins et attaché en spirale. Le drap vert formerait le corps de l’escargot, avec de larges ouvertures pour les roues, les têtes et les pattes.

« Il me faut de la place pour faire tourner mes roues », précisa Lila.

La Citrouille replia les bords. Anatole essaya son passage et demanda qu’on raccourcisse encore le sien.

« Mes pieds aiment voir où ils vont. Même s’ils n’y vont pas toujours ensemble. »

Pour les bonbons, le Petit Fantôme cousit de grandes poches sur les côtés. Paco n’était pas convaincu.

« Mon panier, c’est celui avec le ruban bleu. Je l’emporte tous les ans. »

Ils lui préparèrent donc une poche assez large pour y glisser son panier, ouverture vers le haut. Paco put y plonger une moufle sans rien avoir à tenir.

Lila fixa le sien à portée de main, contre le côté de son fauteuil. Anatole choisit une poche devant son ventre.

« Et les antennes ? demanda le caneton.

— Deux rubans rembourrés », proposa le Petit Fantôme.

Il les fixa à l’avant du drap. L’une se dressait fièrement ; l’autre préférait regarder le sol.

Enfin, chacun prit sa place sous le tissu. La Citrouille poussa le chariot. L’escargot avança de trois pas.

Puis le drap se tendit de travers. La coquille pivota, Anatole recula et Paco reçut une antenne sur le nez.

« Je crois, déclara-t-il, que notre escargot essaie de se mettre en boule. »

Les amis essaient leur costume d’escargot vert, avec Lila en fauteuil à l’avant et une antenne tombée sur le nez de Paco.

Au loin, les musiciens essayaient leurs premières notes. Le défilé allait bientôt partir.

Ils redressèrent la coquille, mais le deuxième essai ne fut guère meilleur. Anatole avançait vite, Paco faisait de petits pas et la Citrouille poussait sans voir Lila.

« Ça tire ici !

— Attendez, ma poche tourne !

— J’ai perdu le caneton ! »

Anatole ressortit la tête par l’ouverture de Paco.

« Retrouvé. Mais pas au bon endroit. »

Lila ne riait plus. Elle regarda le portillon de la cour. Pour le franchir, il fallait tourner entre un banc et une jardinière.

« Si on n’arrive pas à passer là, on n’arrivera pas à rejoindre la place. »

Personne ne répondit tout de suite.

Le Petit Fantôme souleva le drap pour observer ce qui coinçait. Les attaches étaient trop courtes entre le fauteuil et la coquille. Il les remplaça par de longs rubans souples, puis ouvrit davantage le tissu sur les côtés.

« Maintenant, dit Lila, laissez-moi annoncer les virages. Je vois le chemin devant nous. »

Elle posa les mains sur ses roues.

« Deux petites poussées… on attend Paco… Anatole, tout droit… et maintenant, on tourne. »

L’avant de l’escargot contourna le banc. La coquille suivit sur son chariot. Restait la jardinière.

« Un peu moins vite », demanda Lila.

La Citrouille ralentit aussitôt. Le tissu frôla une feuille, puis l’escargot franchit le portillon tout entier.

Paco regarda derrière lui.

« Nous avons même emporté tout le monde ! »

Anatole fit l’inventaire : la coquille, les paniers, les moufles… Il leva les yeux.

« Et nos antennes tiennent debout !

— Alors, direction la musique », dit Lila.

Lila guide l’escargot entre un banc et une jardinière, tandis que la Citrouille pousse le chariot et que le Petit Fantôme soulève le tissu.

Sur la place, les musiciens terminaient leur dernier accord d’essai. Des chapeaux pointus, des oreilles de chat et des couronnes de feuilles se balançaient au-dessus des paniers.

L’escargot arriva juste derrière la fanfare.

Lila releva fièrement les deux antennes souples fixées à l’avant du costume. Le Petit Fantôme marcha près d’elle, sa lanterne dorée éclairant doucement le tissu vert. À l’arrière, l’écharpe de la Citrouille flottait derrière la coquille.

« Prêts ? demanda Lila.

— Présent des deux pieds ! répondit Anatole.

— Présent des deux moufles », ajouta Paco.

La musique démarra. Anatole voulut aussitôt allonger le pas. Le tissu tira légèrement sur son épaule ; il regarda Lila et reprit son allure.

« Deux poussées, puis le virage », annonça la lapine.

La Citrouille accompagna le mouvement du chariot. Paco suivit sans trottiner. Bientôt, ils n’eurent presque plus besoin de parler : un regard, un petit geste de Lila, et la coquille tournait avec eux.

Devant la boulangerie, une pluie de papillotes tomba dans leurs poches. Paco plongea sa moufle dans son panier et en ressortit un caramel.

« Il fonctionne ! s’écria-t-il.

— Le panier ? demanda le Petit Fantôme.

— Tout ! »

La boulangère se pencha pour admirer la grande spirale brune.

« Voilà un escargot que je n’avais encore jamais vu dans mes salades ! »

Anatole ouvrit grand le bec pour répondre, mais Lila leva déjà une antenne vers la gauche. L’immense escargot contourna la fontaine d’un mouvement si doux que le caneton en oublia de regarder ses pieds.

« Tu crois qu’un escargot peut danser ? demanda-t-il.

— Après les bonbons », répondit Lila.

Mais ses longues oreilles se balançaient déjà en mesure. À côté d’elle, les pieds d’Anatole marquaient le rythme et Paco remuait ses moufles. Derrière eux, la coquille brune suivait la musique.

Sur la place illuminée, les amis défilent en escargot géant, Lila levant une antenne depuis son fauteuil et Paco brandissant un caramel.

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