6-9 ans
Le vestiaire des mauvaises oreilles
Ce soir, le défilé d’Halloween partira du vieux manoir. Mais dans le vestiaire, Félix a entendu une consigne de travers… et les déguisements commencent à avoir de drôles d’idées !

Dans l’entrée du manoir, la Citrouille arrangeait son chapeau-feuille jaune. Son écharpe verte traînait entre six grandes corbeilles. À côté d’elle, le Petit Fantôme en feutre blanc suspendait des étiquettes aux poignées. Sa lanterne dorée répandait une lumière douce sur les accessoires.
Dehors, les feuilles d’automne tourbillonnaient. Le défilé partirait au premier coup de cloche.
« Une corbeille par participant, expliqua la Citrouille. Ainsi, chacun retrouvera son costume avant le départ. »
Félix, un petit mulot déjà enveloppé dans son costume de chou, leva la patte.
« Je peux ranger ! Je suis excellent pour mettre les choses ensemble. »
Au même instant, Rosalie entra en faisant claquer ses ailes de papillon contre la porte.
FLAP !
« Félix, classe les costumes par corbeilles », demanda la Citrouille.
Mais, sous le bruit des ailes, Félix comprit :
« Classe les costumes par oreilles. »
Voilà une méthode originale ! Il n’osa pas faire répéter : la Citrouille courait déjà chercher les rubans du défilé.
Il examina les accessoires. Des oreilles de lapin ? Avec le bonnet de chouette d’Anouk : deux pointes d’un côté, deux pointes de l’autre. Des cornes d’escargot ? Avec les antennes de papillon : tout cela se dressait sur la tête.
Bientôt, il avait inventé trois catégories : ce qui pointait, ce qui pendait et ce qui avait l’air de vouloir s’envoler.
« Ça avance merveilleusement », murmura-t-il.
Dans la dernière corbeille, une queue de renard semblait lui donner raison.
Anouk arriva la première. La petite hérissonne portait une cape de chouette brune, toute ronde, avec des plumes cousues au col.
« Mon bonnet, s’il te plaît ! »
Félix lui tendit un paquet. Anouk l’enfila, puis se regarda dans le miroir.
Deux longues oreilles de lapin dépassaient de sa tête.
« Je crois que ma chouette a entendu pousser des carottes. »
Rosalie éclata de rire. Félix rougit jusqu’au bout du museau.
« Attends, je corrige ! »
Il retira les longues oreilles et attrapa deux petites pointes dans la corbeille voisine. Mais c’étaient les cornes du costume d’escargot. Sur la tête d’Anouk, elles tremblaient comme deux brins d’herbe.
« Maintenant, je suis une chouette qui cherche la salade », constata-t-elle.
Rosalie voulut aider. Elle posa ses ailes sur un banc et prit ce qu’elle croyait être ses antennes. C’étaient deux oreilles de lapin montées sur un serre-tête.
La Citrouille revint avec ses rubans et s’immobilisa.
« Rosalie, pourquoi portes-tu des oreilles par-dessus tes oreilles ? »
La lapine tâta sa tête.
« Pour mieux entendre les fleurs, peut-être ? »
Félix voulut débarrasser le banc. Il souleva une aile violette, entraînant une ceinture, qui accrocha une queue rousse et le bonnet de chouette. Toute la guirlande atterrit sur la cape d’Anouk.
La hérissonne ouvrit les bras : elle avait une aile de papillon à gauche et une queue de renard à droite.
« Hou-hou, fit-elle. Enfin… je crois. »
Puis la cloche de la cour tinta trois petits coups d’essai.
Le rire de Félix s’arrêta net.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne sur une commode.
« Ce n’est que l’essai. Il reste un peu de temps. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Félix montra ses corbeilles.
« J’ai classé par oreilles. Les grandes ensemble, les petites ensemble… Enfin, quand il n’y avait pas d’oreilles, j’ai choisi ce qui ressemblait. »
La Citrouille ouvrit la bouche, puis la referma pour retenir un sourire.
« Par corbeilles, Félix. Pas par oreilles. »
Le mulot regarda son rangement. Tout à coup, il ne lui sembla plus excellent du tout.
« Je vais tout remettre ! »
Il tira sur la queue de renard. La ceinture se resserra autour de l’aile, l’aile emporta le bonnet, et le bonnet renversa la corbeille des choses pointues.
Des antennes roulèrent sous le banc.
À la porte, Basile l’écureuil attendait ses oreilles de lapin. Lucien le loir cherchait les cornes de son escargot. Dans la cour, les tambours commencèrent à répéter.
Rosalie ramassa son aile gauche.
« Où est l’autre ? »
Personne ne répondit.
Ils fouillèrent derrière le miroir, sous les manteaux, dans les corbeilles vides. Toujours rien. Sans ses deux ailes, Rosalie ne pourrait pas porter son déguisement : les attaches se fermaient ensemble.
Félix sentit son ventre se serrer sous ses feuilles de chou.
« Partez sans moi. Je continuerai à chercher. »
Le Petit Fantôme resta près de lui.
« Nous cherchons encore. Mais cette fois, pas tous dans le même tas. »

La Citrouille aligna les corbeilles au milieu de la pièce.
« Chacun dit ce qui lui manque. Nous n’allons chercher qu’une chose à la fois. »
« Mes oreilles », dit Basile.
Rosalie enleva les oreilles supplémentaires de sa tête et les lui tendit.
« Elles ont bien écouté. Elles sont prêtes. »
« Mes cornes », demanda Lucien.
Anouk ôta les deux tiges de sa tête.
« Elles ont essayé d’être une chouette. Sans grand succès. »
Le Petit Fantôme défit le nœud de la ceinture. La queue de renard tomba dans une corbeille, puis le vrai bonnet d’Anouk retrouva sa forme et sa propriétaire.
Mais l’aile droite de Rosalie restait introuvable.
La Citrouille souleva le rideau. Anouk regarda derrière la porte. Félix se glissa sous le banc et ressortit avec une antenne sur le nez, l’autre entre les pattes.
« Au moins, j’ai retrouvé de quoi écouter les fleurs ! »
Rosalie remit ses antennes. Dans la cour, on annonça :
« Le défilé se met en place ! »
La lapine serra son aile gauche contre elle. Félix lui tourna le dos pour examiner la dernière corbeille.
« Ne bouge plus ! » s’écria-t-elle.
Le mulot se figea.
Quelque chose de violet dépassait entre ses feuilles de chou. En débarrassant le banc, il avait coincé l’aile dans le large pli de son costume !
Rosalie la dégagea doucement.
Félix n’osa pas encore sourire. Une attache était tordue. Le Petit Fantôme tint les deux ailes pendant que la lapine dénouait le ruban, le passait dans la boucle et tirait.
Les ailes s’ouvrirent enfin.
Cette fois, elles firent FLAP toutes les deux.

Le vestiaire avait retrouvé un air de vestiaire, et non de salade secouée.
Basile agitait ses oreilles de lapin. Lucien faisait trembler ses cornes d’escargot. Anouk tournait la tête sous son bonnet de chouette, tandis que Rosalie essayait ses ailes sans accrocher la porte.
La Citrouille compta les participants. Le Petit Fantôme regarda sous le banc une dernière fois.
« Personne oublié », annonça-t-il.
Félix, lui, contemplait la queue de renard restée dans une corbeille.
« À qui est-elle ? »
« C’est une pièce de mon ancien déguisement, répondit la Citrouille. Je l’avais apportée en supplément. »
Le mulot la souleva, la posa contre son costume et réfléchit.
Rosalie pencha la tête.
« Tu ne vas pas recommencer le rangement ? »
« Non. Cette fois, je sais exactement ce que je fais. »
Il fixa la queue à la ceinture de son chou. Elle dépassait derrière lui, rousse, touffue, avec un bout blanc qui balayait le plancher.
Anouk cligna des yeux.
« Tu es un renard qui a mangé un potager ? »
Félix redressa ses feuilles.
« Pas du tout. Je suis un chou rusé. »
Ses amis applaudirent en riant. La Citrouille dut retenir son chapeau-feuille, qui glissait sur son front.
La cloche sonna le départ.
Tous sortirent ensemble dans la nuit d’automne, sous les guirlandes orange. Félix fermait la marche, sa queue de renard se balançant derrière son costume vert.
Au premier tournant, Rosalie lui souffla :
« Tu entends les tambours ? »
« Très bien », répondit Félix. « Mais s’ils demandent de ranger les bonbons par citrouilles, tu me feras répéter. »

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