6-9 ans

Le Soupir du fauteuil violet

Douze enfants vont venir écouter les contes, mais le salon manque de places confortables. En préparant la pièce avec Ninon, la Citrouille et le Petit Fantôme entendent un drôle de soupir. Le fauteuil violet aurait-il quelque chose à raconter ?

Ninon, la Citrouille et le Petit Fantôme regardent un fauteuil violet vide, près d’un rideau, dans le salon décoré pour Halloween.

La Citrouille recula pour admirer le salon des contes. Son chapeau-feuille jaune penchait sur le côté, et son écharpe verte traînait presque dans une corbeille de bonbons.

« Les guirlandes sont prêtes, annonça-t-elle. Les livres aussi. Il ne manque plus que les oreilles ! »

Ninon leva le nez de sa liste.

« Douze paires d’oreilles. Et seulement huit places. »

Elle compta de nouveau : sept chaises, puis le grand fauteuil violet près de la fenêtre. Les invités arriveraient à six heures. La grande aiguille de l’horloge approchait déjà du neuf.

Dehors, le soir d’Halloween s’installait dans la cour du petit manoir. Une feuille sèche courut sur les vitres avec un bruit de petites griffes.

Le Petit Fantôme, tout en feutre blanc, posa sa lanterne dorée sur la table.

« Deux enfants par chaise ? proposa-t-il.

— Avec les genoux dans les oreilles ? demanda Ninon.

— Ah. Ce serait gênant pour écouter. »

La Citrouille ouvrit le débarras voisin. Entre des rubans et des décors de théâtre, elle aperçut un long banc.

« Voilà quatre places ! »

Ninon passa la main sur l’assise.

« Il faudra quelque chose de moelleux. Trois contes sur du bois, c’est long. »

Derrière eux, le rideau frissonna. Un son très bas traversa le salon.

« Hou… »

Tous trois se retournèrent.

Le fauteuil violet était vide.

« Vous avez entendu ? » murmura Ninon.

L’horloge répondit seulement : tic, tac, tic, tac.

Ninon regarda derrière le fauteuil. Rien, sinon un bouton de bois tombé d’un déguisement.

« C’était peut-être le vent », dit-elle.

Le Petit Fantôme observa le rideau.

« Il aurait une bien grosse voix. »

La Citrouille préféra s’occuper du banc. Ninon prit une extrémité, elle saisit l’autre, et le Petit Fantôme guida les pieds entre les cartons.

« Un peu à gauche.

— Ma gauche ou celle du banc ? demanda la Citrouille.

— Est-ce qu’un banc a une gauche ? »

À la porte, le meuble resta coincé. Un bout touchait le montant, l’autre butait contre une caisse de couronnes en papier.

Ils reposèrent le banc. Ninon écarta la caisse ; le Fantôme rangea deux rouleaux de décor dans un coin. Le passage enfin dégagé, ils avancèrent le meuble en biais, jusqu’au salon.

« Je préfère les meubles qui marchent tout seuls », souffla la Citrouille.

À cet instant, quelque chose remua près de la fenêtre.

Une ombre longue glissa sur le mur. Le coussin violet sembla se soulever, puis retomba.

« Houuu… »

La Citrouille lâcha un petit cri. Le Petit Fantôme se rapprocha de Ninon.

Cette fois, le bruit était venu du fauteuil. Aucun doute.

Au bord de l’assise dépassait une boucle brune qu’ils n’avaient pas remarquée.

« On dirait une oreille », chuchota la Citrouille.

Ninon sentit ses joues refroidir.

La boucle ne bougeait plus.

Près du banc en bois, les trois amis observent une boucle brune dépassant du fauteuil violet et l’ombre allongée du rideau.

Ninon fit un pas vers le fauteuil.

Le rideau gonfla, puis vint lui caresser le poignet. Elle sursauta.

Derrière le tissu, la fenêtre était entrouverte. Une bouffée de vent s’y glissait, chargée d’une odeur de feuilles mouillées.

« Voilà ce qui fait danser le rideau. »

Elle referma la fenêtre. Sur le mur, la longue ombre disparut.

Mais la boucle brune dépassait toujours du fauteuil.

Ninon posa une main sur le coussin. En appuyant, elle sentit quelque chose de dur.

« Houuuuff… »

Cette fois, la Citrouille enfonça son nez dans son écharpe.

Le son vibra sous la main de Ninon, puis s’arrêta dès qu’elle relâcha sa pression.

« Ce n’est pas quelqu’un, dit-elle. C’est quelque chose. »

Ils soulevèrent ensemble le coussin.

Dessous reposait un petit accordéon rouge ! Son soufflet crème était coincé de travers, une touche appuyée contre le cadre du siège. La boucle était sa sangle.

Ninon dégagea l’instrument. En ouvrant doucement le soufflet, elle retrouva exactement le grand soupir.

« Le vent soulevait le bord du coussin, expliqua-t-elle. Quand il retombait, il pressait l’accordéon. Et moi aussi, tout à l’heure ! »

Le Petit Fantôme lut l’étiquette attachée à la sangle : POUR LES CHANSONS DU SALON.

La Citrouille sortit enfin le nez de son écharpe.

« Un fauteuil avec un ventre de musicien ! Je me disais bien qu’il avait l’air de cacher quelque chose. »

Cette fois, le souffle qui traversa le salon fut celui de leurs rires.

Ninon et ses amis soulèvent le coussin violet et découvrent un petit accordéon rouge, dont le fantôme examine l’étiquette.

L’horloge rappela leur autre problème : il restait moins de dix minutes avant l’arrivée des invités, et le banc était toujours aussi dur.

La Citrouille apporta deux coussins ronds. Ninon en essaya un : il roula aussitôt sur le côté.

Le Petit Fantôme proposa le sac de déguisements.

« Il a l’air très dodu. »

Ninon s’assit dessus, puis se releva en riant.

« Il y a une couronne sous ma cuisse. Je préfère ne pas m’asseoir sur un royaume. »

La Citrouille contempla son écharpe, songeuse. Son regard suivit la laine verte jusqu’au panier placé près de la fenêtre.

« Les couvertures de lecture ! »

Il y en avait quatre, épaisses et douces. Ils les plièrent à la largeur d’une place et les alignèrent sur le banc. Ninon essaya une extrémité, la Citrouille l’autre. Rien ne roulait ni ne piquait.

« Une tartine avec beaucoup de beurre », déclara Ninon.

Pendant que ses amis disposaient les livres, elle s’installa sur le tapis avec l’accordéon. Elle apprenait la musique depuis quelques mois et avait déjà essayé cet instrument.

Elle chercha trois notes, recommença, puis trouva un petit air sautillant.

« Les pas d’une souris ! » proposa le Fantôme.

Ninon joua ensuite deux accords bien ronds.

« Une citrouille qui descend un escalier avec élégance », annonça la Citrouille.

Enfin, Ninon retrouva le fameux soupir.

Cette fois, personne ne sursauta. Le Petit Fantôme lui donna même la réplique :

« Hou ! À ton tour d’avoir peur de moi ! »

Ninon joue de l’accordéon sur le tapis, tandis que la Citrouille essaie le banc garni de couvertures et que le fantôme range des livres.

À six heures, on frappa à la porte.

Cette fois, les trois amis savaient parfaitement d’où venait le bruit.

Les enfants entrèrent dans un froissement de capes. Certains portaient des chapeaux de sorcière en papier, d’autres des oreilles de chat. Une petite fille était déguisée en poire, ce qui plut beaucoup à la Citrouille.

« Sept chaises, un fauteuil et quatre places sur le banc ! » annonça le Petit Fantôme.

Les couvertures eurent tant de succès que deux enfants hésitèrent entre le banc et le fauteuil violet. Enfin, chacun trouva son coin. Personne ne resta debout.

Ninon prit l’accordéon. La Citrouille ouvrit le premier livre, tandis que le Fantôme tournait les pages.

Une souris emportait une noisette trop grosse pour elle. Trois petites notes accompagnèrent ses pas. Les enfants remuèrent les doigts sur leurs genoux.

Plus loin, un roi descendait un immense escalier. Ninon lança ses deux accords bien ronds. La Citrouille cacha son sourire derrière le livre.

Entre deux contes, elle raconta l’aventure du fauteuil.

« Il a vraiment soupiré ? » demanda le garçon assis dans le siège violet.

Ninon pressa le soufflet.

« Houuuuff… »

Douze bouches s’arrondirent, puis douze rires éclatèrent.

Le garçon tapota son coussin.

« Alors, j’ai choisi la place de la musique ! »

Pour le dernier conte, il demanda un voyage. Ninon étira le soufflet rouge, le Fantôme tourna la page, et douze enfants partirent sur les chemins sans quitter leurs sièges.

Douze enfants écoutent la Citrouille lire, assis sur les chaises, le fauteuil et le banc, tandis que Ninon joue de l’accordéon.

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