6-9 ans
Le plafond fait toc !
Au kiosque, la Citrouille et le Petit Fantôme préparent un goûter d’Halloween où chaque invité aura son petit paquet. Mais juste au-dessus de leurs têtes, des pas minuscules commencent à courir…

Sous le toit du kiosque, la table ressemblait à une boutique de fête. Il y avait des rubans violets, des crayons, des étiquettes en forme de citrouille et douze sachets fermés par des plis soignés.
La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune. Son écharpe verte traînait entre deux bobines de ficelle.
« Combien d’invités, déjà ? demanda-t-elle.
Douze, répondit le Petit Fantôme. Et nous avons écrit… cinq prénoms. »
Il compta encore, en soulevant les étiquettes avec ses petites mains de feutre blanc.
« Toujours cinq. J’espérais qu’il en pousserait une sixième. »
Lison arriva de la cuisine du jardin, chargée d’un plateau. La petite souris portait un tablier bleu semé de farine.
« Voici les derniers biscuits ! Les sachets de Lucien et de Lucile se ressemblent, mais Lucien attend ses biscuits à la carotte, et Lucile ses chaussons à la framboise. »
Elle posa près des crayons la liste des invités et de leurs goûters, puis repartit chercher les serviettes.
Au bout de l’allée, des guirlandes orange se balançaient entre les arbres. Les invités arriveraient quand la grande aiguille de l’horloge atteindrait le douze.
Le Petit Fantôme suspendit sa lanterne dorée à un crochet, juste au-dessus de la table. Sa lumière éclaira le papier d’une douce couleur de miel.
Tout autour, le jardin devenait bleu. Sous le vieux tilleul, les feuilles sèches chuchotaient sans arrêt.
« À nous deux, les prénoms ! » déclara la Citrouille.
Sur une feuille de brouillon, elle traça un grand L pour essayer son crayon.
Toc ! Toc-toc-toc !
Le bruit courut sur le plafond, juste au-dessus de la lanterne.
La Citrouille sursauta. Son crayon dessina une longue moustache au grand L. Le Petit Fantôme rentra les mains dans les plis de son corps de feutre.
« Qu’est-ce qui… ? »
Un raclement lui coupa la parole.
Quelque chose traînait là-haut. Cela avançait, s’arrêtait, puis repartait. Sur les dalles, une ombre immense remua : elle avait une queue courbée comme un crochet.
« Tu as vu sa taille ? souffla le Petit Fantôme.
— J’aurais préféré ne pas la voir. »
Un nouveau toc résonna. Puis une voix étouffée gémit :
« Oh non… pas encore ! »
La Citrouille serra son crayon. Elle s’approcha de l’ouverture du kiosque et leva le nez.
Une petite queue rousse dépassait du toit. Juste devant le seuil gisait une coque verte et piquante.
« Noisette ? appela-t-elle.
— Oui. Enfin… presque toute. J’ai une patte coincée dans mon panier. »
La petite écureuille apparut au bord de la gouttière. Une châtaigne roula sur les lattes : toc-toc-toc ! Sur le sol, l’ombre de sa queue fit un grand bond.
Le Petit Fantôme ressortit ses mains.
« Le bruit, c’étaient les châtaignes ! Et cette ombre énorme…
— Ma queue, répondit Noisette. Elle prend beaucoup de place le soir. »
Sa réserve se trouvait dans le vieux tilleul, sur une branche au-dessus du kiosque. Son panier s’était accroché à une brindille.
« J’ai tiré. Le panier est venu. Les châtaignes aussi. Mais pas ensemble. »
Elle libéra sa patte, puis rejoignit le tronc par la branche. Le raclement cessa aussitôt.
La Citrouille souffla enfin.
« Eh bien, ton dîner sait faire son entrée ! »

Noisette descendit du tilleul en tournant autour du tronc. Aussitôt au sol, elle se mit à chercher sous les feuilles.
« Il y en avait beaucoup ? demanda le Petit Fantôme.
— Un panier plein.
— C’est un nombre assez rond », observa la Citrouille.
Lison revenait avec ses serviettes. Quand elle apprit l’aventure, elle posa sa pile sur un banc.
« Mon plateau vide fera une excellente récolteuse. »
Tous se mirent au travail. La Citrouille récupéra trois châtaignes contre un pied du kiosque. Le Petit Fantôme décrocha sa lanterne et la porta près du sol : dans sa lumière dorée, les fruits brillaient parmi les feuilles brunes.
Noisette filait de l’un à l’autre.
« Celle-ci est à moi ! Celle-là aussi !
— Tu sais, dit Lison, nous ne soupçonnons personne d’autre d’avoir lancé son dîner sur le toit. »
Sous le banc, une châtaigne refusait de sortir. La Citrouille s’agenouilla et la poussa doucement avec une règle. Elle roula jusqu’au plateau, où elle rejoignit les autres dans un joyeux cliquetis.
Un dernier toc retentit au-dessus d’eux. Cette fois, tous levèrent le nez à temps pour voir une châtaigne dégringoler dans l’herbe.
« La retardataire ! » s’écria Noisette.
Elle la ramassa, puis inspecta les alentours.
« Mon panier est de nouveau plein. Même un peu plus plein : j’ai trouvé deux glands. »
La Citrouille regarda l’horloge. L’aiguille approchait du douze.
Sur la table, sept étiquettes attendaient encore leur prénom.
« Maintenant, il faut récolter les lettres. Et celles-là, j’aimerais mieux ne pas les chercher sous le banc. »

Le Petit Fantôme remit sa lanterne au-dessus de la table. Lison aligna les sachets pendant que Noisette rangeait son panier sous le banc.
« Je peux aider ? demanda l’écureuille.
— Tu peux passer les rubans », proposa la Citrouille.
Les crayons reprirent leur course. Bientôt, Martin eut son étiquette, puis Zoé, Basile, Iris et Malo.
Il ne restait que deux sachets sans nom.
La Citrouille prit les deux dernières étiquettes. Elle écrivit « Luci » sur la première, puis « Luci » sur la seconde.
« Jusque-là, c’est facile. Mais quel sachet contient quoi ? »
Lison fronça son petit museau. En les alignant, elle avait déplacé les paquets. Même papier crème, même ficelle violette, même taille.
Noisette renifla l’un, puis l’autre.
« Ça sent bon des deux côtés.
— Une information très utile pour ton estomac », répondit le Petit Fantôme.
La Citrouille regarda l’horloge. Fallait-il défaire les nœuds, ouvrir les plis et tout recommencer ? Ses doigts se posèrent sur une ficelle.
« Tiens… » murmura Lison.
Elle venait d’apercevoir un petit point coloré. Elle souleva le sachet dans la lumière de la lanterne.
Une minuscule tache rose marquait le fond du papier.
« La framboise ! Un chausson a laissé une trace. Celui-ci est pour Lucile. Et l’autre contient les biscuits de Lucien. »
La Citrouille termina les prénoms. Pour qu’on ne puisse plus les confondre, elle dessina une framboise près de Lucile et une carotte près de Lucien.
Cette fois, aucune des deux étiquettes n’avait de moustache.

Quand la grande aiguille atteignit le douze, les douze sachets étaient prêts.
Les premiers invités arrivaient dans l’allée. Lucien portait des oreilles de lapin par-dessus ses vraies oreilles de lapin. Lucile avait cousu des étoiles sur sa cape. Derrière eux avançaient une pomme géante, un jardinier minuscule et trois champignons très bavards.
« J’ai une carotte sur mon étiquette ! s’écria Lucien.
— Et moi, une framboise », dit Lucile en serrant son paquet.
Chacun trouva son prénom. Lison distribuait les serviettes, et le Petit Fantôme faisait glisser les sachets sur la table, dans le rond doré de sa lanterne.
Noisette, elle, observait les étiquettes avec admiration.
« Il en reste une ? » demanda-t-elle.
La Citrouille retourna la feuille où son grand L avait reçu une moustache. Au dos, elle écrivit soigneusement :
« NOISETTE. CHÂTAIGNES. »
Puis elle ajouta, en plus petit :
« À servir dans un panier. »
L’écureuille attacha l’étiquette à l’anse.
« Comme ça, mon dîner saura où rester. »
Ils s’installèrent tous sous le kiosque et autour des bancs. Les papiers froissés accompagnaient les conversations. Dans l’air frais flottaient des parfums de pomme, de beurre et de cannelle.
Au-dessus d’eux, le toit ne tambourinait plus. L’immense ombre avait disparu ; Noisette et sa queue tenaient très bien sur un seul coussin.
La Citrouille goûta un biscuit, puis leva les yeux vers le plafond.
« Finalement, il nous manque une étiquette. »
Elle prit un morceau de papier et y écrivit :
« TOIT DU KIOSQUE. PAS UN GARDE-MANGER. »
Noisette avala sa bouchée, puis éclata de rire.
« Dommage. Il avait une si belle acoustique ! »

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