9-12 ans
Le Mystère des sachets trop légers
À quelques heures de la fête d’Halloween, tous les sachets de bonbons semblent avoir maigri de vingt grammes. Pour sauver la livraison et la place de Tilda à la fête, la Citrouille et le Petit Fantôme vont devoir découvrir ce qui manque vraiment.

La confiserie de Basile sentait la pomme cuite, le chocolat et les noisettes grillées. Derrière la vitrine, des chauves-souris en papier se balançaient au-dessus des sucettes. La fête d’Halloween commencerait au manoir des Tilleuls dès la première étoile.
La Citrouille poussa la porte, son chapeau-feuille jaune légèrement de travers et son écharpe verte traînant sur son épaule. Le Petit Fantôme la suivait avec sa lanterne dorée, dont la douce lumière éclairait les plis de son feutre blanc.
Ils trouvèrent Basile penché sur une balance, les moustaches hérissées.
« Cent grammes ! annonça le petit blaireau. Ce sachet pesait cent vingt grammes hier soir ! »
Près du comptoir, Tilda serrait la bandoulière de sa sacoche bleue.
« Je les ai seulement transportés jusqu’au manoir, protesta la petite pie. Et rapportés quand tu m’as demandé de vérifier les portions ! — Tu étais seule avec les paniers », répondit Basile.
Il posa un deuxième sachet sur la balance.
« Cent quatre-vingt-quinze au lieu de deux cent quinze. Encore vingt grammes ! »
Sur chaque paquet, une petite étiquette portait le poids total noté la veille, emballage compris. Basile avait ainsi prévu de vérifier sa livraison sans défaire les rubans.
Tilda releva le bec.
« Tu crois que j’ai mangé les bonbons ? — Je crois que les bonbons ne s’envolent pas. Tant que je ne comprends pas, tu ne distribueras rien. Et je ne peux pas te garder une place derrière le comptoir de la fête. »
La pie baissa les yeux. Elle avait préparé depuis une semaine son tablier de marchande, brodé de petites étoiles.
La Citrouille déposa doucement un troisième sachet sur la balance.
« Trois cent dix au lieu de trois cent trente, lut-elle. Toujours vingt grammes. C’est une faim remarquablement régulière. »
Le Petit Fantôme approcha sa lanterne des rubans.
« Avant de choisir un coupable, dit-il, choisissons une question. Comment retirer des bonbons sans ouvrir leur sachet ? »
Basile aligna les sachets sur le comptoir. Il y en avait des petits, gonflés comme des poires, et de grands, dressés comme des tours. Tous avaient perdu exactement vingt grammes d’après sa balance.
La Citrouille examina les fonds. Elle ne trouva ni déchirure ni trou, même minuscule.
Le Petit Fantôme regarda les fermetures. Chaque ruban traversait un cachet de papier violet collé à cheval sur le pli. Pour ouvrir le paquet, il aurait fallu déchirer ce cachet ou décoller ses bords.
« Celui-ci est intact. Celui-là aussi. Et le suivant n’a pas bougé. »
Basile frotta son museau.
« On peut parfois défaire un nœud très délicatement.
Mais pas traverser du papier », répondit la Citrouille.
Tilda tendit un sachet dont le cachet représentait une lune.
« Hier soir, tu as même tamponné celui-ci de travers. Regarde : la lune a le nez dans le pli. Elle y est toujours. »
Le blaireau ne répondit pas. Son regard venait de tomber sur le plancher.
Trois miettes dorées brillaient près d’une roue du chariot de livraison.
« Du caramel ! »
Tilda se raidit.
Une quatrième miette se trouvait devant la porte de la réserve. Puis une cinquième, sur la première marche de l’escalier du grenier.
« Tu es montée là-haut ? demanda Basile.
Pour chercher les guirlandes, comme tu me l’avais demandé. »
Le doute revint dans la boutique, plus épais que l’odeur du chocolat.
La Citrouille s’accroupit devant les miettes.
« Suivons-les. Mais elles peuvent venir d’autre chose que des sachets. Que contiennent les paquets de la fête ?
Des pastilles de fruits, des noisettes chocolatées et des berlingots », récita Tilda.
« Aucun caramel ?
Aucun », admit Basile.
Le Petit Fantôme souleva sa lanterne.
« Voilà une piste qui accuse beaucoup et qui explique peu. C’est souvent le genre de piste qui mérite qu’on lui tire les oreilles.
Les miettes n’ont pas d’oreilles, fit remarquer la Citrouille.
C’est ce qui les rend si difficiles à interroger. »

L’escalier craquait sous les pas de la Citrouille. Tilda sautillait devant elle, tandis que le Petit Fantôme montait en tenant sa lanterne à hauteur des marches.
Dans le grenier, des costumes pendaient aux poutres. Un manteau de magicien avait perdu trois étoiles. Deux chapeaux pointus s’emboîtaient si bien qu’ils ressemblaient à une cheminée.
Les miettes conduisaient jusqu’à une malle ouverte.
Tilda s’arrêta net.
« C’est là que j’ai pris les guirlandes. »
Basile, qui les avait suivis, pinça les lèvres. Sur le couvercle reposait une petite assiette vide, tachée de caramel.
Pendant un instant, personne ne parla.
Puis la Citrouille remarqua une marque brune sur le rebord : deux traits parallèles, accompagnés d’une trace de farine.
Elle regarda les pattes de Basile.
Le blaireau les cacha derrière son dos.
« Ah, dit-il. — Un renseignement intéressant ? demanda le Petit Fantôme. — J’ai mangé une tartine au caramel en cherchant les nappes, ce matin. J’avais oublié l’assiette. »
Tilda ouvrit grand les ailes.
« Alors ces miettes… — Sont probablement les miennes », reconnut Basile.
La pie inspira comme si elle voulait prononcer une phrase énorme. Finalement, elle se contenta de déplacer l’assiette, avec une lenteur très expressive.
La Citrouille aperçut une boîte de bois derrière la malle.
« Qu’y a-t-il là ? — Mon ancienne balance de marché. Elle fonctionne encore, mais je préfère celle du comptoir. »
Le Petit Fantôme écarta une guirlande et lut l’étiquette de la boîte : BALANCE ET POIDS ÉTALON.
« Nous l’emportons. Deux balances nous apprendront peut-être davantage qu’une seule. »
Ils redescendirent avec la boîte, les guirlandes et l’assiette coupable.
À travers la vitrine, ils aperçurent les premiers invités traversant la place : un renard coiffé d’un champignon, un hérisson déguisé en nuage.
Basile consulta l’horloge.
« Moins d’une heure avant la distribution. »
Tilda posa les guirlandes sans un mot. Sa place à la fête n’était toujours pas retrouvée, et les vingt grammes non plus.

Ils installèrent l’ancienne balance au bout du comptoir. Son aiguille trembla, puis s’arrêta sur zéro. La balance récente affichait ses chiffres lumineux à l’autre bout, derrière une pile de sachets.
La Citrouille ouvrit le carnet des commandes.
« Nous allons peser les mêmes objets, dans le même ordre. Tilda, tu annonces les étiquettes. Petit Fantôme, tu notes. Basile, tu passes les sachets. »
Le blaireau se mit au travail sans discuter.
« Petit sachet : cent vingt grammes », annonça Tilda.
L’ancienne balance indiqua cent vingt. La récente, cent.
« Moyen : deux cent quinze. »
Deux cent quinze d’un côté. Cent quatre-vingt-quinze de l’autre.
« Grand : trois cent trente. »
Trois cent trente. Trois cent dix.
Le Petit Fantôme traça trois fois le même nombre dans son carnet : 20.
« Si quelqu’un avait grignoté au hasard, murmura Tilda, ce serait tout de même une drôle de coïncidence. — Et si les bonbons avaient séché pendant le trajet ? proposa Basile. Ils auraient perdu de l’eau. — Les gros sachets devraient sans doute en perdre davantage que les petits, répondit la Citrouille. Surtout, cela n’expliquerait pas pourquoi les deux balances ne sont pas d’accord. »
Basile regarda son appareil récent.
« Il marchait très bien hier. »
Le Petit Fantôme sortit de la boîte un petit cylindre de métal marqué 100 g.
« Alors demandons à quelque chose qui n’a ni bonbons, ni emballage, ni eau à perdre. »
Le poids étalon indiqua cent grammes sur l’ancienne balance.
Sur la récente, il en indiqua quatre-vingts.
Tilda se pencha si vite que son bec toucha presque l’affichage.
« Même lui ! »
Basile pâlit sous sa fourrure.
« Ce poids sert justement à contrôler mes pesées. — Il n’a probablement rien perdu », dit la Citrouille.
La porte tinta. Un corbeau messager passa la tête dans la boutique.
« On installe les tables au manoir. Les paniers arrivent bientôt ? »
Les quatre enquêteurs échangèrent un regard.
Ils savaient désormais où chercher. Mais pas encore quoi réparer.

« Une balance peut se tromper, dit Basile, mais pourquoi exactement de vingt grammes ? »
La Citrouille prit un sachet vide dans un tiroir.
« Essayons avec ceci. »
Sur l’ancienne balance, le sachet pesait douze grammes.
Sur la récente, l’affichage annonça : −8 g.
Le Petit Fantôme resta un instant immobile.
« Un sachet qui pèse moins que rien. Il est peut-être rempli de courant d’air de compétition. — Ou la balance retire quelque chose à tout ce qu’on lui présente », dit Tilda.
La Citrouille enleva le sachet. Cette fois, tous regardèrent l’écran avant qu’un nouvel objet vienne le recouvrir.
−20 g.
Basile fronça les sourcils.
« Elle devrait afficher zéro quand elle est vide. »
Le Petit Fantôme examina la surface plate sur laquelle ils posaient les objets.
« N’y avait-il pas un plateau par-dessus ? Un plateau peu profond, avec un rebord ? — Celui-là ? »
Tilda désigna une petite pièce de métal glissée sous le carnet des commandes. Basile la récupéra.
Sur l’ancienne balance, elle pesait vingt grammes.
La Citrouille la posa sur la balance récente. L’affichage passa de moins vingt à zéro.
Elle la retira : moins vingt.
Elle la remit : zéro.
« Voilà ce que la balance attend », souffla-t-elle.
Basile appuya ses deux pattes sur le comptoir.
« Ce matin, j’ai installé le plateau. Puis j’ai appuyé sur le bouton de tare pour mettre l’affichage à zéro, comme d’habitude… »
Il s’interrompit.
Son regard passa du plateau aux grands sachets.
« Ensuite, j’ai retiré le plateau. Les grands paquets tenaient mal entre ses rebords. Je voulais les poser directement sur la surface plate. — Mais tu n’as pas refait le zéro », acheva Tilda.
Basile secoua lentement la tête.
La Citrouille remit le plateau, puis posa dessus le poids étalon.
Cent grammes.
Le Petit Fantôme rapprocha son carnet de l’écran.
« Notre disparu n’était pas dans les sachets. Il était dans le réglage. »

Basile regardait son plateau comme s’il ne l’avait jamais vu.
« Quand je mets la balance à zéro avec ce plateau, elle retire automatiquement son poids des pesées suivantes, expliqua-t-il. C’est ce que je lui demande. Mais sans le plateau… — Elle retire quand même ses vingt grammes », termina la Citrouille.
Le Petit Fantôme tourna le carnet vers Tilda.
« Le sachet vide pèse douze grammes. La balance lui enlève vingt : elle annonce moins huit. Le poids étalon pèse cent grammes. Elle lui enlève vingt : elle annonce quatre-vingts. »
Tilda observa les trois lignes de résultats.
« Et elle faisait exactement la même chose aux bonbons. »
Basile remit le plateau à sa place, vérifia le zéro, puis pesa de nouveau le petit sachet.
Cent vingt grammes.
Le moyen : deux cent quinze.
Le grand : trois cent trente.
Personne ne parla pendant ces trois pesées. Puis les épaules de Tilda s’abaissèrent enfin.
Basile vint devant elle.
« Je t’ai accusée parce que tu avais transporté les paniers. Et j’ai oublié de chercher ce que moi, j’avais changé. Je suis désolé, Tilda. »
La pie lissa une plume de son aile.
« J’ai eu très envie de te renverser ton assiette de caramel sur la tête. — Elle était vide. — C’est ce qui t’a sauvé. »
Le blaireau eut un petit rire embarrassé.
Ils devaient encore contrôler toute la commande. La Citrouille organisa deux rangées : les sachets à vérifier, puis les sachets vérifiés. Tilda lisait les étiquettes, Basile pesait, et le Petit Fantôme cochait chaque ligne du carnet.
Pour les derniers paquets, ils comparèrent encore les deux balances. Les résultats concordaient.
Dehors, le ciel devenait violet. Le corbeau messager reparut devant la vitre en agitant une aile impatiente.
« Les paniers arrivent ! » lui cria Tilda.
Elle noua son tablier brodé d’étoiles par-dessus sa sacoche.
Basile lui tendit la poignée du chariot.
« Ta place t’attend au comptoir. Si tu la veux toujours. — Certainement. Mais c’est moi qui annoncerai le poids des portions ! »

Le chariot traversa la place au moment où les lanternes du manoir des Tilleuls s’allumaient derrière les vitres. Des feuilles rousses couraient entre les roues, et le vent gonflait les manches des déguisements.
Tilda avançait en tête. Son tablier étoilé brillait presque autant que ses yeux.
Dans la grande salle, des guirlandes de citrouilles reliaient les poutres. Une horloge au cadran de lune sonna sept coups, puis six petits tintements supplémentaires.
Le Petit Fantôme leva les yeux.
« Treize ? — Le carillon d’Halloween ! expliqua le corbeau. Regardez les petites portes sous le cadran. »
Six citrouilles de bois en sortirent à la file, chacune tenant une clochette. La dernière, un peu coincée, rentra dans sa cachette avec un drôle de hoquet.
« Voilà une horloge qui compte les heures et les citrouilles », observa le Petit Fantôme.
La Citrouille salua ses cousines de bois. Puis elle rejoignit les paniers : les invités réclamaient leurs friandises.
Basile installa la livraison derrière le comptoir. Tilda vérifia les étiquettes une dernière fois, puis commença la distribution.
« Petit sachet pour le champignon ! Grand sachet pour le nuage ! Attention, votre pluie dépasse de votre poche. »
Le hérisson déguisé en nuage rentra précipitamment une guirlande argentée dans son costume.
La Citrouille et le Petit Fantôme s’assirent près d’une fenêtre donnant sur le champ de citrouilles. Dans la nuit d’automne, les feuilles ressemblaient à des mains qui se faisaient signe.
Basile leur apporta deux petits paquets.
« Ceux-ci sont pour vous. Pesés sur les deux balances. — Avec ou sans plateau ? demanda le Petit Fantôme. — Avec le plateau, répondit Basile en riant. Et avec toute ma reconnaissance. »
Tilda passa près d’eux, son panier déjà presque vide.
« Finalement, dit-elle, il y avait bien quelqu’un qui retirait vingt grammes à chaque sachet. — La balance, répondit la Citrouille. — Oui. Et elle n’était même pas invitée. »
Un peu plus tard, Basile apporta une assiette de tartines au caramel. Il s’installa, en prit une et sema trois miettes dorées sur la nappe.
Tilda les désigna du bout de l’aile.
« Cette fois, tout le monde a vu. »

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