6-9 ans

Le grenier qui jouait du sifflet

À quelques minutes du spectacle d’Halloween, un drôle de concert couvre les voix des petits acteurs. La Citrouille et le Petit Fantôme montent au grenier : là-haut, quelqu’un semble avoir beaucoup de souffle !

Dans le manoir décoré pour Halloween, la Citrouille, le Petit Fantôme et Ninon regardent le plafond pendant que les animaux répètent.

Dans la grande salle du manoir, tout était presque prêt pour le spectacle d’Halloween. Des guirlandes de feuilles orange couraient entre les poutres. Sur la scène, trois lapereaux déguisés en chauves-souris attendaient leur tour, les oreilles dépassant de leurs capuchons.

La Citrouille rajusta son chapeau-feuille jaune, puis son écharpe verte.

« Reprenons depuis l’entrée du roi des bonbons ! »

Un hérisson coiffé d’une couronne leva les bras.

« Habitants du royaume, je vous apporte… »

Fiuuu ! Fi-fi-fuuuu !

La fin de sa phrase disparut sous une longue mélodie sifflée.

Le Petit Fantôme, tout en feutre blanc, regarda derrière le rideau. Sa lanterne dorée se balançait à son bras.

« Ce n’est pas moi, dit-il. Quand je siffle, on dirait une bouilloire enrhumée. »

Le hérisson recommença. Le sifflement aussi.

Ninon, l’écureuille qui inventait les instruments du spectacle, sortit la tête de sous une table. Elle portait son gilet bleu et tenait deux cuillères de bois.

« Mon tambour à noisettes est innocent. Il fait toc-toc, pas fi-fuuu. »

La Citrouille leva les yeux vers le plafond.

« Cela vient du grenier. »

Sur la grande horloge, l’aiguille avançait vers sept heures. Bientôt, le public arriverait avec ses capes, ses chapeaux et ses poches à bonbons.

« Continuez les gestes sans parler, proposa la Citrouille. Nous allons chercher ce musicien. »

Le Petit Fantôme prit sa lanterne. Ninon glissa ses cuillères dans son gilet.

Tous trois gagnèrent l’escalier.

Le grenier sentait le bois sec et la pomme. La lune éclairait des malles, quelques coussins et un décor de forêt appuyé contre une poutre. Aucun musicien en vue.

La Citrouille fit un pas. Un craquement lui répondit. Elle s’arrêta aussitôt.

Plus rien.

Elle avança encore : crac.

« C’est le plancher sous tes souliers », souffla Ninon.

Fiuuu !

Cette fois, la note semblait venir de tout près.

Le Petit Fantôme tourna lentement sur lui-même.

« Bonjour ? Nous venons pour une réclamation musicale. »

Personne ne répondit. Puis un immense bec pointu glissa sur le mur.

La Citrouille se figea. Le Petit Fantôme serra sa lanterne contre lui. Le bec s’allongeait jusqu’à une vieille malle, comme si un énorme oiseau se penchait sur eux.

Ninon regarda la lucarne, puis le mur.

« Attends… Bouge ton chapeau. »

La Citrouille inclina la tête. Le bec remua exactement en même temps : ce n’était que l’ombre de la pointe de son chapeau-feuille, dans la lumière de la lune.

« Mon chapeau veut jouer un corbeau, constata-t-elle. Il aurait pu demander un rôle. »

Le Petit Fantôme pouffa, et ils reprirent leur recherche.

Près de la lucarne entrouverte, un ruban violet pendait à un clou. Il se souleva, tendu presque à l’horizontale.

Fi-fi-fuuuu !

« Le ruban danse quand ça siffle », remarqua Ninon.

Sous la lucarne, six bouteilles étaient alignées sur une petite table. Elles contenaient du jus de pomme, mais aucune n’était remplie à la même hauteur.

La Citrouille se pencha, les mains sur les hanches.

« Est-ce qu’une bouteille peut siffler ? »

Ninon examina la rangée.

« Une bouteille, oui. Tout un grenier… j’aimerais comprendre. »

En bas, une voix appela :

« On n’entend toujours pas le roi des bonbons ! »

Dans le grenier, Ninon montre l’ombre pointue du chapeau de la Citrouille sur le mur, tandis que le Petit Fantôme sourit.

Ninon s’approcha des bouteilles. Sur l’une d’elles, une ficelle retenait encore une petite étiquette en forme de noisette.

« Oh ! Ce sont les miennes ! »

Elle rabattit les oreilles, un peu embarrassée.

« Hier, j’ai pique-niqué ici en terminant le décor de forêt. J’avais apporté plusieurs jus de pomme pour choisir le meilleur. »

« Et lequel a gagné ? demanda le Petit Fantôme.

– Celui que j’ai fini. »

La Citrouille effleura une bouteille du bout du doigt. Rien. Ninon frappa doucement le verre avec une cuillère : ting !

« Pas le même son », dit-elle.

Un nouveau sifflement s’éleva. Le ruban violet se tendit. Le Petit Fantôme regarda tour à tour le tissu et les bouteilles.

« Peut-être que le ruban les commande ? »

Il le décrocha. La mélodie continua sans lui, plus grave, puis soudain plus aiguë.

Le Petit Fantôme jeta un coup d’œil derrière la table. Il n’y avait personne. Pourtant, il aurait juré que le musicien venait de reprendre son souffle.

En bas, les petits acteurs frappèrent trois coups sur la scène : c’était leur signal pour annoncer la dernière répétition.

La Citrouille sentit son écharpe glisser et la renoua d’un geste pressé.

« Nous avons trouvé tes bouteilles, mais pas encore comment leur fermer le bec. »

Ninon chercha leurs bouchons dans son panier de pique-nique. Elle n’y découvrit qu’une serviette, des miettes et un radis oublié.

« Ce radis ne nous aidera pas beaucoup », soupira-t-elle.

Le ruban, toujours dans la main du Petit Fantôme, frôla soudain sa joue. Un courant d’air passait.

Il leva les yeux vers la lucarne.

« Essayons quelque chose. »

Ninon s’agenouille près d’un panier ouvert, la Citrouille examine six bouteilles de jus et le Petit Fantôme tient un ruban violet.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne et tira la poignée de la lucarne.

Clac.

Le sifflement s’arrêta net.

Dans le silence, ils entendirent parfaitement le hérisson annoncer :

« Je vous apporte une chaussette ! »

« Une sucette ! corrigea un lapereau.

– Ah oui. C’est plus pratique à distribuer. »

Ninon retint un rire, puis rouvrit la lucarne. Une bouffée d’air entra. Le ruban se souleva entre les doigts du Petit Fantôme.

Fiuuu !

« C’est le vent ! s’écria l’écureuille. Il souffle juste au-dessus des ouvertures. Écoutez… »

Elle prit une bouteille et souffla doucement de côté, contre son bord. Une note ronde lui répondit.

Le Petit Fantôme essaya avec une autre. Il n’obtint qu’un petit souffle mouillé.

« La mienne préfère chuchoter. »

Ninon lui montra comment placer la bouteille.

« Le vent fait vibrer l’air dedans. Et comme il reste plus ou moins de place au-dessus du jus, les notes sont différentes. »

La Citrouille regarda les six bouteilles.

« Voilà donc notre musicien caché ! Il joue à chaque rafale. »

Elle referma la lucarne. Silence à nouveau.

« Nous n’avons qu’à la laisser fermée. »

Mais Ninon désigna une cordelette qui descendait le long du mur.

« Pour faire monter la lune argentée au-dessus de la scène, nous devons tirer sur ce fil. Il passe par la lucarne avant de rejoindre la poulie. Si nous fermons, nous le coinçons. »

La Citrouille s’assit sur une malle. En bas, on installait déjà les premières chaises.

Le mystérieux siffleur n’avait plus rien d’inquiétant. Mais il fallait encore le faire taire sans empêcher la lune de monter.

Près de la fenêtre ouverte, Ninon souffle sur le goulot d’une bouteille, sous les regards du Petit Fantôme et de la Citrouille.

La Citrouille se releva.

« Si le vent doit entrer, ce sont les bouteilles qui doivent sortir de son chemin. »

Elle en prit deux. Ninon en emporta trois contre son gilet, et le Petit Fantôme transporta la dernière, bien droite, comme un bouquet précieux.

Ils les déposèrent dans une caisse, sous la table, puis Ninon rouvrit la lucarne.

Tous trois attendirent.

Le ruban violet se tendit. Les feuilles du décor frémirent. Mais les bouteilles restèrent muettes.

« Encore une rafale », murmura la Citrouille.

Le courant d’air gonfla légèrement le feutre du Petit Fantôme.

Toujours aucun sifflement.

D’en bas monta la voix du hérisson, claire et triomphante :

« Habitants du royaume, je vous apporte des sucettes ! »

Ninon leva ses deux cuillères comme les baguettes d’un chef d’orchestre.

« Voilà une répétition qui avance ! »

Elle tira sur la cordelette. Dans la salle, la lune argentée monta au-dessus du décor de forêt. La Citrouille fixa le fil à son crochet, et le Petit Fantôme renoua le ruban violet à son clou.

Puis ils redescendirent, juste au moment où les premiers spectateurs entraient. Le Petit Fantôme se glissa derrière le rideau avec sa lanterne dorée. La Citrouille remit droit le chapeau du roi des bonbons.

Le spectacle commença. Cette fois, chaque réplique arriva jusqu’au dernier rang.

Après le salut, Ninon remonta chercher deux bouteilles. Elle souffla sur la première pour accompagner la distribution des friandises : fouuu !

Le Petit Fantôme approcha la seconde de sa bouche.

Pfff.

Il contempla le verre avec sérieux.

« Je crois que j’ai choisi la bouteille enrhumée. »

La Citrouille lui passa un mouchoir, et Ninon éclata de rire.

Sous les guirlandes orange, la Citrouille tend un mouchoir au Petit Fantôme, tandis que Ninon rit et que les acteurs distribuent des bonbons.

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