6-9 ans

La photo des chapeaux têtus

Pour remercier les bénévoles d’Halloween, il faut une belle photo où personne ne manque. Basile a une idée pleine de panache… mais ses chapeaux ont bien l’intention de se faire remarquer !

Citrouille décore des chapeaux pointus, tandis que le Petit Fantôme trie des rubans et que Basile colle un cône près d’Iris.

Dans la salle des fêtes, les bénévoles d’Halloween rangeaient les paniers de bonbons. Ils avaient décoré la place, accroché des lanternes et transformé le vieux lavoir en maison des devinettes. Maintenant, Iris devait les photographier pour l’affiche de remerciement du village.

La souris photographe consulta sa montre.

« Mon car part dans une heure. Tout le monde est prêt ? »

Pas tout à fait.

Au dernier rang, Basile, le petit hérisson chapelier, agitait une patte derrière une grande lapine.

« On ne voit même pas mon béret ! protesta-t-il.

— Moi non plus ! » ajouta une voix derrière un blaireau.

C’était la taupe. On ne voyait d’elle qu’un bouton de gilet.

La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune. Son écharpe verte traînait parmi les rubans.

« Et si nous fabriquions des chapeaux assez hauts pour dépasser ? »

Basile en bondit presque hors de ses chaussons.

« Des chapeaux de fête ! Chacun choisira sa couleur. »

Le Petit Fantôme, tout en feutre blanc, posa sa lanterne dorée près des bobines.

« Je m’occupe des rubans. Je suis excellent pour faire flotter les choses. Surtout les bouts de ruban. »

Ils roulèrent de grandes feuilles cartonnées en cornets. Basile colla les jointures, la Citrouille ajouta des étoiles et le Petit Fantôme distribua les modèles.

Bientôt, vingt pointes orange, violettes et vertes se dressèrent au-dessus des bénévoles.

Iris regarda dans son appareil.

« Voilà qui dépasse, en effet. Maintenant, rapprochez-vous un petit peu. »

C’est précisément à ce moment-là que les ennuis commencèrent.

La lapine fit un pas de côté. La taupe se hissa sur la pointe des pieds. Basile releva le menton.

Au-dessus d’eux, la guirlande de feuilles frémit.

« Ne bougez plus », demanda Iris.

Le blaireau éternua.

Sa pointe accrocha la guirlande, qui attrapa le chapeau de la lapine, lequel tira sur celui de Basile. Trois têtes penchèrent ensemble.

« Quelqu’un me tire par les idées ! » cria le hérisson.

La Citrouille saisit un bout de ficelle. Le Petit Fantôme passa sous les feuilles en papier pour libérer les pointes. Mais chaque fois qu’il décrochait un chapeau, un autre s’accrochait plus loin.

On aurait dit une partie de pêche dans laquelle les poissons portaient des gilets.

Iris baissa son appareil.

« Pour l’instant, je photographie surtout une forêt qui se gratte. »

Enfin, tout fut démêlé. Basile examina ses cornets, les sourcils froncés.

« Trop hauts. Je vais les raccourcir.

— Mais on ne les verra plus au dernier rang, remarqua la Citrouille.

— Alors nous ajouterons des bords magnifiques ! Très larges ! »

Sur la table, ils posèrent des couronnes de carton autour des pointes raccourcies. Le Petit Fantôme les couvrit de papier brillant. La Citrouille dessina des lunes et des bonbons.

Basile essaya le premier modèle.

Son bord s’étendait si loin qu’il pouvait presque y poser ses deux pattes.

« Élégant, annonça-t-il.

— Spacieux », murmura le Petit Fantôme.

Iris consulta sa montre, puis invita tout le monde à reprendre sa place.

Les grands chapeaux des bénévoles s’emmêlent dans une guirlande de feuilles. Le Petit Fantôme tente de les décrocher.

Cette fois, rien ne se coinça dans les guirlandes.

En revanche, la taupe avait disparu.

« Je suis toujours là », annonça-t-elle sous le bord du chapeau du blaireau.

On ne voyait plus non plus les oreilles de la lapine, ni les yeux de l’écureuil. Quand les bénévoles se tournaient, leurs chapeaux se poussaient comme des barques dans un port trop petit.

« Un peu plus à gauche », proposa Iris.

Le blaireau obéit. Son bord passa devant trois visages.

« Non, votre autre gauche. Enfin… revenez. »

Basile contempla le groupe avec désolation.

« Nous avons fabriqué de très beaux cache-voisins. »

La Citrouille lui tapota l’épaule.

« On peut réduire les bords et mettre quelque chose de haut, mais de souple. »

Le Petit Fantôme leva une pelote.

« Des pompons sur des tiges ! Ça plie au lieu de s’accrocher. »

Ils travaillèrent vite. Bientôt, de gros pompons dansaient au bout de bandelettes repliées en accordéon.

Iris recula derrière son appareil.

« Cette fois, je vois tout le monde. Un joli sourire… »

Le pompon de la lapine se pencha vers le nez du blaireau.

« Hmpf. »

Celui du blaireau effleura les moustaches de la taupe.

« Hihihi ! »

La taupe secoua la tête. Son pompon chatouilla Basile, qui souffla dessus. Le pompon revint aussitôt lui caresser le museau.

« At… at… ATCHOUM ! »

Son chapeau sauta et atterrit dans un panier de bonbons.

Clic.

Sur la photo d’Iris, dix-sept bénévoles avaient les yeux fermés.

Basile éternue et son chapeau violet s’envole vers les bonbons. Des pompons chatouillent les autres bénévoles devant l’appareil d’Iris.

Cette fois, personne ne se précipita vers la table de bricolage.

Iris regarda sa montre.

« Il reste douze minutes avant mon car. Il m’en faut cinq pour rejoindre l’arrêt. »

Sept minutes.

La Citrouille ramassa le chapeau de Basile. Un caramel était resté coincé dans le pompon.

« On pourrait supprimer les pompons, proposa-t-elle.

— Et les pointes, dit le blaireau.

— Et les bords », ajouta la taupe.

Basile baissa les yeux.

« Il ne restera pas grand-chose. »

Autour de lui, les bénévoles tiraient sur leurs rubans. La lapine avait chaud aux oreilles. L’écureuil cherchait une noisette tombée sous une chaise. Dans un coin, quelqu’un demanda s’il fallait renoncer à l’affiche.

Le Petit Fantôme serra l’anse de sa lanterne. Il regarda les paniers rangés, les décorations suspendues, les grandes tables nettoyées. Tous ces bénévoles avaient travaillé pendant des jours. Il ne voulait pas qu’un seul manque sur la photo.

« Et si les plus petits se mettaient devant ? » demanda-t-il.

Iris déplaça son appareil pendant que la Citrouille avançait un banc. On essaya deux rangées, puis trois. Mais les chapeaux penchaient toujours devant un œil ou un museau.

Basile retira le sien et s’assit un instant.

« J’ai passé l’après-midi à vouloir faire dépasser les chapeaux. Et maintenant, je voudrais qu’ils disparaissent. »

Il posa son cornet entre ses chaussons.

Le Petit Fantôme le contempla.

Puis il regarda les pieds des autres.

« Attendez… Ne remets surtout pas ton chapeau. »

Basile reste assis, épaules basses. Citrouille tient un chapeau au pompon garni d’un caramel et Iris regarde sa montre.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne près du banc.

« Les chapeaux veulent absolument être devant tout le monde ? Très bien. Mettons-les devant ! »

Il prit le cornet de Basile et le plaça debout, un peu en avant de ses pieds.

La Citrouille comprit aussitôt.

« Tous les chapeaux de fête par terre ! Les petits bénévoles sur le banc, les moyens devant, les grands derrière ! »

Cette fois, chacun trouva sa place sans tirer sur une seule guirlande. Basile aida la taupe à monter près de lui. La lapine se glissa derrière le blaireau.

À leurs pieds, les chapeaux formaient une drôle de petite foule. Il y avait un violet de travers, un vert très droit et un orange dont le pompon semblait saluer l’appareil.

Iris ajusta son cadrage.

« Je vois chaque visage. Même celui de la taupe ! »

Basile se pencha vers son chapeau.

« Tiens-toi tranquille, toi. Tu es au premier rang, maintenant. »

Le Petit Fantôme pouffa.

« On dirait de tout petits invités qui attendent leurs bonbons. »

La lapine éclata de rire. Le blaireau aussi. La Citrouille en eut l’écharpe toute secouée. Même Basile riait, les pattes sur le ventre.

Clic.

Iris regarda la photo, puis sourit jusqu’au bout des moustaches.

« Je la garde. »

Une semaine plus tard, l’affiche fut accrochée sur la place du village. On y voyait tous les bénévoles, hilares, derrière leur minuscule assemblée de chapeaux.

Basile resta longtemps devant.

Puis il montra le cornet violet.

« Celui-là, je le connais. Il a été absolument insupportable pendant les préparatifs. »

Iris photographie les bénévoles riant ensemble, les plus petits perchés sur un banc et les chapeaux colorés alignés à leurs pieds.

D’autres histoires à lire