6-9 ans
La panne au milieu des étiquettes
Au stand des sachets-surprises, chaque prénom doit trouver son petit trésor. La Citrouille et le Petit Fantôme comptent bien tout préparer à temps, mais leur lanterne leur réserve un drôle de contretemps.

Sur la place du village, les guirlandes d’Halloween se balançaient entre les stands. Des feuilles d’automne couraient sur les pavés, et une bonne odeur de brioche à la cannelle flottait dans l’air.
Sous un auvent violet, Perrine, une petite lapine aux oreilles toujours occupées à bouger, préparait les sachets-surprises.
« Pour Inès, les autocollants de chats. Pour Malo, la toupie orange. Pour Lila, les crayons arc-en-ciel… »
Elle ajoutait quelques bonbons dans chaque sachet, puis repliait soigneusement le papier.
La Citrouille, coiffée de son chapeau-feuille jaune et emmitouflée dans son écharpe verte, tenait les étiquettes. À côté d’elle, le Petit Fantôme en feutre blanc approchait sa lanterne dorée pour éclairer les prénoms.
« On pourrait distribuer au hasard, proposa-t-il. Ce serait une surprise encore plus surprenante !
– Et Malo recevrait peut-être les crayons de Lila, répondit Perrine. Il a pourtant parlé de sa toupie pendant trois semaines. »
Le Petit Fantôme prit un air très sérieux.
« Alors, pas de hasard. Les toupies ont leurs habitudes. »
Perrine lui montra sa liste : chaque prénom était suivi du cadeau choisi. Les sachets attendaient en rangées, encore ouverts, pour une dernière vérification.
Au bout de la place, les enfants terminaient leur défilé de déguisements. Quand ils reviendraient, tout devait être prêt.
Derrière le stand, une étroite ruelle s’enfonçait entre deux maisons. Le vent y faisait rouler les feuilles avec un bruit de papier froissé.
La Citrouille rassembla les étiquettes contre son ventre rond.
« Commençons par ceux dont le prénom commence par un M. J’en ai toute une famille ! »
Malo, Mila, Manon, Maxime : les prénoms s’alignèrent sous la lumière dorée.
Le Petit Fantôme promenait sa lanterne au-dessus de la table tandis que la Citrouille cherchait les bonnes étiquettes. Perrine vérifiait le contenu des sachets avant de les refermer avec un ruban.
« Malo : toupie orange », annonçait-elle.
La Citrouille tendait l’étiquette, le Petit Fantôme éclairait le nœud, et hop ! Un sachet terminé rejoignait le grand panier de distribution.
« Nous sommes une machine à surprises », déclara la Citrouille.
À cet instant, une étiquette resta collée à son écharpe.
« Une machine qui offre des cadeaux aux vêtements », précisa le Petit Fantôme.
Tous trois rirent. Puis Perrine poussa le panier pour faire de la place aux derniers sachets.
Le Petit Fantôme posa sa lanterne près du panier. L’anse rigide de celui-ci reposait contre le côté doré, juste au-dessus d’un bouton rond.
Derrière eux, quelque chose claqua.
Tac… tac-tac.
Le Petit Fantôme tourna la tête. Il ne vit que le rideau violet qui fermait le fond du stand. Une guirlande de chauves-souris en papier pendait devant la lampe suspendue.
« Le vent se dépêche aussi », dit Perrine.
Elle tira du bout de la patte un ruban qui dépassait d’un sachet.
« Il reste Inès, Lila et Noé. »
La Citrouille prit leurs étiquettes : un petit chat pour Inès, un arc-en-ciel pour Lila et une étoile pour Noé.
« Pour son carnet de constellations », expliqua la lapine.
Le Petit Fantôme admira l’étoile.
« Les miennes ressemblent toujours à des pommes de terre pressées. »
Perrine tira légèrement le panier vers elle pour y glisser le sachet de Maxime.

Clic.
La lanterne s’éteignit.
Aussitôt, une grande ombre déploya deux ailes sur le rideau violet.
La Citrouille serra les étiquettes contre elle. Son chapeau-feuille trembla.
Tac… tac-tac.
Le bruit venait de derrière le rideau.
« Ce n’était pas moi », souffla le Petit Fantôme.
Un long froissement lui répondit. Tout en bas du tissu, une petite bosse avança, puis s’arrêta.
Perrine dressa les oreilles. La lampe suspendue brillait toujours, mais elle n’éclairait pas la ruelle.
La bosse remua encore.
La Citrouille sentit son écharpe glisser et la rattrapa d’un geste vif.
« Il y a quelque chose derrière… »
Perrine écarta le rideau.
Une poignée de feuilles sèches entra en tournoyant. L’une d’elles s’accrocha au pied de la table.
« Voilà ce qui froissait ! » s’exclama la lapine.
Dehors, une petite pancarte en bois se balançait contre le montant du stand.
Tac… tac-tac.
Le Petit Fantôme leva les yeux. Une chauve-souris en papier oscillait devant la lampe : son ombre immense battait sur le rideau.
Il effleura la guirlande. L’ombre remua exactement en même temps.
« Et voilà nos grandes ailes ! »
La Citrouille souffla, puis regarda la lanterne.
« Mais elle, pourquoi s’est-elle éteinte ? »
Dans la lumière de la lampe, elle aperçut l’anse du panier appuyée sur le bouton rond.
Perrine écarta le panier. Le Petit Fantôme pressa le bouton, et la lumière dorée revint aussitôt.
« Trois mystères pour une seule table, dit-il. C’est beaucoup de travail ! »
Il posa la lanterne près de la liste.
La Citrouille desserra enfin les mains. Les trois dernières étiquettes glissèrent sur le bois.
« Maintenant, reprenons… Oh. Laquelle allions-nous attacher ? »

Deux sachets fermés se trouvaient côte à côte devant Perrine. Ils étaient faits du même papier violet, avec le même ruban vert. Le troisième, celui d’Inès, était encore ouvert : un chat autocollant dépassait du pli.
La Citrouille lui attacha tout de suite son étiquette.
« Pour celui-là, aucun doute. Mais les deux autres ? »
Perrine fronça son petit nez.
« J’ai fermé le carnet de Noé, puis les crayons de Lila. Enfin… je crois. J’ai tourné les sachets pour faire les nœuds. »
Au bout de la place, le défilé faisait demi-tour. On entendait déjà les enfants discuter de leurs déguisements.
Le Petit Fantôme rapprocha la liste de sa lanterne.
« Le carnet est plat. On pourrait reconnaître sa forme.
– Les crayons aussi sont dans une boîte plate », répondit Perrine.
La Citrouille soupesa doucement les deux sachets. Impossible de décider. Elle regarda l’étoile de Noé, puis l’arc-en-ciel de Lila.
« Je préférerais défaire un joli nœud plutôt que donner le mauvais cadeau. »
Perrine attrapa une boucle du premier ruban et tira. Le nœud se dénoua ; sous le papier apparut une boîte de crayons.
« Lila ! »
La Citrouille posa l’étiquette arc-en-ciel sur le sachet. Puis ils ouvrirent aussi le second, juste assez pour voir la couverture bleue du carnet.
Le Petit Fantôme sourit.
« Cette fois, notre étoile a trouvé son ciel. »
Derrière lui, la pancarte fit de nouveau tac-tac.
« Oui, oui, nous avons presque terminé ! » lui répondit-il.
Perrine refit les deux nœuds pendant que la Citrouille maintenait les étiquettes. Cette fois, toutes les surprises avaient leur prénom.

Quand les premiers enfants arrivèrent, les sachets étaient prêts.
Perrine les avait rangés dans le panier, les étiquettes tournées vers le haut. La Citrouille tenait la liste, et le Petit Fantôme éclairait les prénoms avec sa lanterne.
« Inès ! »
Une fillette coiffée d’oreilles de chat s’avança. En découvrant les autocollants, elle poussa un rire ravi.
Malo fit tourner sa toupie sur un coin libre du comptoir. Elle tourna si vite que la Citrouille se pencha pour mieux la voir, retenant son chapeau d’une main.
Puis vinrent Lila et Noé.
« Des crayons arc-en-ciel ! dit Lila. Je vais dessiner toute la place.
– Tu peux mettre une étoile au-dessus du stand ? demanda Noé en ouvrant son carnet.
– Une grande. Avec une lanterne au milieu. »
Le Petit Fantôme se redressa, très flatté pour sa lanterne.
« Et une chauve-souris minuscule avec une ombre gigantesque », ajouta la Citrouille.
Perrine et lui échangèrent un sourire.
Bientôt, le panier fut vide. La lapine y trouva seulement un bout de ruban et une étiquette blanche.
« Nous avons oublié quelqu’un ? »
La Citrouille consulta la liste jusqu’en bas.
« Non. Celle-là est en trop. »
Le Petit Fantôme prit un crayon. Sur l’étiquette, il écrivit avec application : PLACE DE LA LANTERNE.
Il la posa près de la liste, devant sa lumière dorée.
Perrine regarda le grand panier vide.
« Et lui, où va-t-il ?
– Là-dessous », répondit la Citrouille en le glissant sous la table.
Puis elle y déposa le ruban restant.
« Tiens. Son bonnet de nuit. »
Dans la ruelle, les feuilles chuchotaient encore. Mais à présent, leur froissement se mêlait aux rires des enfants.

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