6-9 ans
La grande glissade du pont à roulettes
Le goûter d’Halloween va commencer, mais trois marches empêchent Mamie Praline d’entrer au manoir. Pour rapporter une passerelle avant la fermeture du jardin, la Citrouille et le Petit Fantôme accompagnent Agathe dans une aventure qui va prendre une tournure glissante.

Au manoir des Noisetiers, les fenêtres brillaient comme des bonbons au miel. Sous le porche, la Citrouille rajusta son chapeau-feuille jaune. À côté d’elle, le Petit Fantôme en feutre blanc tenait sa lanterne électrique dorée.
Tout était prêt pour le goûter d’Halloween. Tout, sauf l’entrée.
Mamie Praline attendait devant trois marches, dans son fauteuil roulant. La souris pâtissière avait posé sur ses genoux une boîte de tartelettes.
« Je peux parfumer le vestibule avec mes gâteaux, dit-elle, mais je préférerais les manger à l’intérieur. »
Agathe, la jardinière adulte, arriva avec une clé.
« La passerelle est dans la remise du potager. On l’a nettoyée ce matin. Je vais la chercher et l’installer. »
Repliée, cette rampe se déplaçait sur des roulettes. Une fois ouverte et fixée, elle permettait de franchir les marches en suivant une pente douce.
L’horloge indiquait dix-sept heures vingt. Le jardin fermait à dix-huit heures.
« Nous pouvons vous accompagner ? demanda la Citrouille.
Oui. Vous m’aiderez à repérer le chemin. J’ai prévenu le gardien : il nous attendra si nous avons du retard. Inutile de courir. »
Le Petit Fantôme alluma sa lanterne.
Sous le porche, à l’abri du vent, Mamie Praline ouvrit son journal.
« Je surveille les tartelettes. C’est une responsabilité considérable ! »
Le jardin sentait la terre fraîche. Des guirlandes de chapeaux pointus reliaient les pommiers. Près d’un banc, Basile, le blaireautin, examinait deux boutons.
« Un bleu et un presque bleu, expliqua-t-il. C’est très différent. »
Il les rangea dans sa boîte de collection. Sous son bras pendaient deux grands sacs en toile cirée : il venait de livrer les déguisements au manoir.
Quand il apprit leur mission, il demanda à les accompagner. Agathe accepta.
Dans la remise éclairée, la passerelle ressemblait à un gros accordéon de bois et de métal. Agathe vérifia les attaches, la poignée et les freins.
Le Petit Fantôme remarqua deux longues pièces plates rangées sur le côté du châssis.
« Ce sont ses skis ?
— Presque ! Des patins de transport prévus par le fabricant pour certaines surfaces. Aujourd’hui, nous commencerons avec les roulettes. »
Agathe sortit seule la passerelle. Les enfants attendaient à l’écart.
Ils choisirent l’allée des Tilleuls, large et plate. La Citrouille ouvrait les portillons, puis laissait passer Agathe. Basile marchait avec ses sacs vides.
À dix-sept heures trente-cinq, ils atteignirent la fontaine.
Une goutte tomba sur le museau du blaireautin.
Puis une deuxième, beaucoup plus grosse.
« Le ciel a renversé son arrosoir », constata-t-il.

L’averse tambourina sur les feuilles. Agathe enfila sa capuche, puis reprit la poignée.
La passerelle avança de quelques centimètres et résista.
Agathe s’arrêta aussitôt. Elle immobilisa le châssis avant d’examiner les roulettes. De la boue et de petites brindilles s’étaient accumulées autour de leurs supports.
« Voilà pourquoi ça roule mal. Restez sous l’abri de la fontaine pendant que je regarde. »
Avec ses gants et une brosse de nettoyage, elle dégagea les roues. Mais, quelques pas plus loin, la terre détrempée recommença à les encombrer.
La Citrouille regarda l’horloge de la cour, visible au-dessus du mur : dix-sept heures quarante-cinq.
« Mamie Praline doit trouver le temps long.
— Elle est bien à l’abri, répondit Agathe. Et le gardien nous attendra. Nous allons chercher une solution sans nous presser. »
Basile étendit un sac sur le banc humide pour qu’ils puissent s’asseoir au sec.
Une feuille rousse tomba dessus et glissa jusqu’au bord.
Le Petit Fantôme suivit son mouvement avec sa lanterne.
« Les skis du pont ! » s’exclama-t-il.
Agathe leva les yeux.
« Les patins ? Bonne idée. Je vais vérifier si cette partie de l’allée convient à leur utilisation. »
Le Petit Fantôme se redressa, tout fier. Il n’avait jamais trouvé une idée en regardant tomber une feuille.

Agathe examina le sol, puis consulta la notice rangée dans la pochette du châssis.
« Oui. Les patins sont faits pour ce terrain plat et ferme. Nous pouvons les utiliser sur cette portion. »
Les enfants restèrent sous l’abri pendant qu’elle mettait en place le dispositif de transport prévu sur la passerelle. Elle vérifia ses verrouillages avant de reprendre la poignée.
Basile leva un sac.
« Et mes patins à moi ?
— Ils ont déjà sauvé nos pantalons de la pluie, répondit la Citrouille. C’est un travail important. »
Agathe fit un premier essai sur une courte distance, puis s’arrêta pour vérifier que tout restait bien en place.
Chhhhhh…
La passerelle avait avancé doucement.
« Un pont en chaussettes ! » s’écria Basile.
L’averse diminuait. Agathe reprit sa marche, seule à tenir et déplacer le châssis. Les enfants suivaient à distance sur le côté, sans pousser ni tirer.
La Citrouille indiquait les portillons. Le Petit Fantôme éclairait les coins sombres de l’allée.
Basile, lui, protégea leurs guirlandes de papier dans ses sacs : le vent en avait décroché deux près de la grille.
Quand le dernier passage apparut, l’horloge marquait dix-sept heures cinquante-cinq.
Le gardien leur fit signe de loin.
« Prenez votre temps ! »
« Nous arrivons à la vitesse d’un pont », répondit Basile avec sérieux.

La Citrouille ouvrit le dernier portillon et se rangea. Agathe fit passer la passerelle au milieu de l’ouverture.
À dix-sept heures cinquante-sept, toute l’équipe se trouvait dans la cour du manoir.
« Merci ! » lancèrent les enfants au gardien.
Sous le porche, Mamie Praline replia son journal.
« J’ai entendu un drôle de frottement. Vous rapportez un pont ou un escargot géant ?
— Un pont déguisé en patineur », répondit Basile.
Pendant que les enfants attendaient auprès d’elle, Agathe rangea le dispositif de transport. Elle déplia la passerelle, fixa les attaches prévues et releva les garde-corps. Puis elle contrôla les appuis, la surface et la stabilité de l’ensemble.
« Tout est prêt. Souhaitez-vous que je vous accompagne ?
— Avec plaisir. Les tartelettes et moi sommes attendues. »
Mamie Praline fit rouler son fauteuil sur la pente douce. Agathe resta à côté d’elle. Les petites roues franchirent le seuil, puis les grandes.
La boîte de gâteaux n’avait pas bougé.
Bientôt, cinq tasses de chocolat tiède entourèrent les tartelettes. Les sacs séchaient au vestiaire, loin du chauffage. Les guirlandes retrouvèrent leur place au-dessus de la table.
Sur sa part pomme-cannelle, Basile découvrit un petit rond de sucre bleu.
« Un bouton comestible ! »
Il considéra sa boîte de collection, puis son assiette.
Cette fois, sa collection attendrait.

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