9-12 ans

La clochette n’a pas quitté la salle

Au manoir des Trois-Lucarnes, tout est prêt pour le concours des lanternes… sauf la clochette qui doit donner le départ. La Citrouille et le Petit Fantôme ont moins d’une demi-heure pour retrouver ce que personne ne se souvient avoir déplacé.

La Citrouille et le Petit Fantôme examinent un rond propre parsemé de miettes sur une table, tandis qu’une pie cache un objet cuivré.

Dans la grande salle du manoir des Trois-Lucarnes, octobre avait installé toutes ses couleurs. Des guirlandes de feuilles rousses couraient entre les poutres. Aux fenêtres, des chauves-souris en papier se balançaient au-dessus de bocaux de bonbons.

La Citrouille redressa son chapeau-feuille jaune et renoua son écharpe verte. Elle aimait que les choses commencent à l’heure, surtout les choses qui promettaient d’être merveilleuses.

Le concours des lanternes devait réunir vingt-quatre participants répartis dans trois salles. Chacun disposerait d’une heure pour décorer sa lanterne avec du papier, des rubans et des couleurs. Le signal serait donné depuis le vestibule : une clochette de cuivre dont le son portait jusqu’aux trois ateliers.

Le Petit Fantôme avait lui-même fait l’essai, sa lanterne dorée au creux du bras.

« Dans le salon bleu, on l’entend aussi bien que dans la bibliothèque, avait-il annoncé. Même derrière le fauteuil qui sent la pomme. »

À présent, il ne restait que vingt-cinq minutes avant le départ.

La Citrouille alla chercher la clochette sur la longue table des préparatifs.

Elle trouva une bobine, trois pinceaux, un pot de peinture orange… mais pas de clochette.

« Tu l’as prise ? demanda-t-elle au Petit Fantôme.

— Non. Je préfère ma lanterne. Elle ne me répond jamais quand je la bouscule. »

Ils regardèrent sous les papiers, derrière les pots, dans la caisse des rubans. Rien.

Sur la table légèrement poussiéreuse, un petit rond propre marquait pourtant l’endroit où la clochette avait reposé. Quelques miettes occupaient maintenant ce rond.

La Citrouille se pencha.

« Elle était encore là pendant notre essai. Quelqu’un l’a déplacée depuis.

— On pourrait crier “Partez !” dans les couloirs ? » proposa le Petit Fantôme.

Mais le salon bleu était loin. Les uns commenceraient avant les autres, et le concours perdrait tout son sens.

À l’autre bout de la salle, un éclat de cuivre disparut soudain sous une aile noire et blanche.

La Citrouille releva lentement la tête.

Pétronille était perchée sur le dossier d’une chaise. Devant elle, une boîte ouverte contenait une collection de boutons brillants, rangés du plus petit au plus prétentieux, selon ses propres mots.

« Pétronille, dit la Citrouille, qu’as-tu sous l’aile ? »

La pie tourna la tête.

« Une aile, principalement. C’est une disposition assez courante chez les oiseaux. »

Le Petit Fantôme eut un petit rire, puis expliqua que la clochette avait disparu.

Pétronille resserra aussitôt les plumes sur son trésor.

« Et comme elle brille, vous venez me voir.

— Nous avons aperçu du cuivre, répondit la Citrouille. Nous préférons te demander plutôt que d’imaginer. »

La pie leur montra un gros bouton bombé, couleur de caramel. Il représentait un soleil à huit rayons.

« Trouvé ce matin dans la poche d’un vieux manteau de déguisement. Regardez : il a encore son fil. »

Elle ouvrit davantage sa boîte. Des boutons nacrés, argentés et dorés y luisaient, mais aucun n’aurait pu produire le son clair de la clochette.

« Tu es passée près de la table ? demanda le Petit Fantôme.

— Oui. Quand Nino apportait les pots de peinture. Ensuite, je suis allée chercher ce bouton dans le vestiaire. »

Nino, l’écureuil, traversa justement la salle avec une pile de gobelets. Un crayon dépassait de la fourrure de son oreille.

« Vous avez vu mon crayon ? demanda-t-il.

— Il t’écoute, répondit Pétronille. »

Pendant que Nino tâtonnait autour de sa tête, Suzon la lapine passa derrière lui, portant un grand panier à couvercle depuis la table des préparatifs. Une serviette à carreaux dépassait du bord.

Elle le posa sur une desserte. Un bruit minuscule se mêla au choc du bois.

Le Petit Fantôme se retourna, mais une rafale secoua aussitôt les fenêtres, couvrant tout autre son.

« Voilà peut-être votre voleuse ! lança Pétronille en désignant une fenêtre entrouverte. »

Sur la table, plusieurs rubans se mirent à glisser.

Perchée sur une chaise, Pétronille montre un bouton cuivré à la Citrouille et au Petit Fantôme, tandis que Suzon dépose un panier.

Le courant d’air traversa la salle, souleva une feuille de papier violet et l’envoya contre le museau de la Citrouille.

« Une voleuse qui laisse sa carte de visite », murmura le Petit Fantôme en décollant la feuille.

La fenêtre donnait sur la cour, où des citrouilles attendaient le soir sous un pommier. Si la clochette avait roulé dehors, elle pouvait se cacher dans un tas de feuilles.

La Citrouille examina le rebord. Aucune rayure récente, aucune trace de cuivre. En dessous, les feuilles humides semblaient intactes.

« Elle aurait pu tomber plus loin », suggéra le Petit Fantôme.

Ils gagnèrent la cour par la porte et fouillèrent derrière les pots de chrysanthèmes. Ils ne trouvèrent qu’une pince à linge et une noisette que Nino avait probablement mise de côté pour un avenir meilleur.

De retour dans la salle, la Citrouille emprunta à Suzon une petite tasse vide, à peu près aussi lourde que la clochette. Elle la posa près de la fenêtre.

Une nouvelle rafale fit frissonner les guirlandes. La tasse ne bougea pas.

« Le vent emporte les papiers, mais il ne semble pas assez fort pour pousser un objet de ce poids, constata-t-elle. Et la clochette était encore plus loin de la fenêtre. »

Le Petit Fantôme suivit des yeux le trajet des rubans.

« Son ruban violet aurait pu s’accrocher à quelque chose ?

— Peut-être. Mais il nous faudrait une trace. »

Ils examinèrent le pied de la table, les chaises et le tapis. Rien de violet ne s’y était accroché.

L’horloge sonna le quart.

Dans le couloir, des concurrents commençaient à arriver. On entendait des rires, des froissements de costumes et cette question inquiétante :

« On commence bientôt ? »

La Citrouille regarda de nouveau le rond propre et ses miettes.

« Nous sommes partis chercher très loin quelque chose qui a peut-être seulement changé de place. Il faut savoir ce qui s’est passé autour de cette table. Dans l’ordre. »

Près de la fenêtre ouverte, la Citrouille observe une tasse immobile tandis que le Petit Fantôme examine les rubans soulevés par le vent.

La Citrouille prit une grande feuille et traça quatre cases : LA CLOC HETTE, LES PEINTURES, LE PAIN, LE PANIER.

Le Petit Fantôme regarda la première case.

« Pourquoi la clochette est-elle coupée en deux ?

— Parce que j’écris trop gros quand je réfléchis. »

Ils réunirent Pétronille, Nino et Suzon près de la table.

Le Petit Fantôme se souvenait d’avoir rapporté la clochette après l’essai. Son ruban violet avait été noué autour du manche, et il l’avait posée exactement dans le petit rond propre.

« Ensuite, j’ai porté des pots de peinture, dit Nino. Du bleu, du rouge et du vert. J’ai fait de la place.

— En déplaçant quoi ? demanda la Citrouille.

— Les ciseaux, une boîte… et peut-être autre chose. Je pensais au vert. Le couvercle fermait mal. »

Suzon, elle, avait laissé son panier vide sur la table avant de partir chercher les petits pains dans la cuisine.

« Quand je suis revenue avec mes plaques de pains, j’ai poussé quelques affaires, rapproché le panier, puis je l’ai garni. Ensuite, je l’ai porté sur la desserte.

— Tu as vu la clochette ?

— Non. Mais je n’ai pas regardé partout. J’avais trois fournées à répartir. »

Pétronille précisa qu’elle avait quitté la salle avant le retour de Suzon. Elle n’avait vu que Nino, penché près du panier.

L’écureuil agita la queue.

« J’y avais peut-être posé les pinces à linge. Ou les serviettes. Je rangeais beaucoup de choses. »

La Citrouille inscrivit ces détails sans rien conclure. Sur sa feuille, elle relia l’essai de la clochette à l’arrivée des peintures, puis au retour de Suzon avec le pain.

Il manquait toujours un morceau : personne ne se souvenait d’avoir vu la clochette après l’arrivée des peintures.

Nino regarda la grande feuille, les oreilles basses.

« Si je l’ai rangée, je devrais savoir où.

— Pas forcément, répondit le Petit Fantôme. Hier, j’ai cherché ma lanterne alors que je la portais. »

Cela fit sourire Nino, mais pas longtemps.

Dans le couloir, quelqu’un demanda si le concours était annulé.

La Citrouille dessine quatre cases sur une feuille, entourée du Petit Fantôme, de Pétronille, de Nino et de Suzon près de la table.

Il restait huit minutes.

La Citrouille sentit son écharpe devenir trop serrée. Ils avaient des souvenirs imprécis, deux fausses pistes et une salle pleine de gens qui attendaient un son.

Le Petit Fantôme revint à la table.

« Regardons ce que personne ne peut oublier, dit-il. Les choses qui sont encore là. »

Il approcha sa lanterne dorée du rond propre. Les miettes formaient de minuscules îles sur le bois.

« Quand j’ai posé la clochette, il n’y avait pas de pain.

— Et maintenant, il y a des miettes à sa place, répondit la Citrouille. Voyons comment elles sont arrivées là. »

Elle appela Suzon.

« Où as-tu rempli ton panier, exactement ?

— Juste ici. Les petits pains étaient sur deux plaques. J’ai posé le panier à cette place, puis je l’ai garni. Certains pains perdaient un peu leur croûte. »

Elle désigna le rond propre. Le panier avait donc occupé l’endroit même où reposait auparavant la clochette. Les miettes ne disaient pas où elle était partie, mais elles les ramenaient au panier.

Le Petit Fantôme se dirigea vers la desserte. Un détail l’arrêta : près de la charnière du couvercle, un fil dépassait entre le bois et l’osier.

Un fil violet.

« Citrouille… »

Elle vint regarder. Le ruban de la clochette était tissé d’un violet sombre, presque couleur de mûre. Le fil avait exactement cette teinte.

« Nous avons aussi des rubans violets pour les lanternes », fit remarquer Nino.

Il avait raison. Ce n’était pas encore une preuve suffisante.

Suzon souleva légèrement le panier pour leur montrer la charnière, puis le reposa.

Sous le froissement de la serviette, quelque chose tinta.

Un son bref, étouffé, si faible qu’ils restèrent tous immobiles.

« Je l’ai déjà entendu quand tu as posé le panier sur la desserte, souffla le Petit Fantôme.

— Une cuillère ? demanda Suzon.

— Peut-être, répondit la Citrouille. Nino, est-ce que ce bruit te rappelle quelque chose ? »

La Citrouille et le Petit Fantôme se penchent vers un fil violet coincé dans la charnière du panier, sous les yeux de Nino.

Nino posa une patte sur le couvercle.

« Le panier était vide, dit-il lentement. Quand j’ai apporté le pot vert… »

Il se tourna vers la table, puis mima ses propres gestes.

« Je le portais comme ça. Le couvercle penchait. Il y avait la clochette juste devant moi, et je me suis dit que si la peinture coulait sur le ruban, on ne pourrait plus le nettoyer. »

La Citrouille retint son souffle.

« Alors ?

— Alors j’ai pris la clochette. Le panier était à côté. Je l’ai mise dedans pour la protéger. J’ai rabattu le couvercle… »

L’écureuil ferma les yeux.

« Puis le pot a laissé tomber une goutte sur ma patte. Je suis allé chercher un chiffon. Après, on m’a demandé les gobelets. J’ai oublié. »

Suzon porta ses pattes à ses joues.

« Et moi, j’ai ouvert le panier, étalé ma serviette au fond et versé les petits pains. Si la clochette était couchée dans le creux, sous le tissu, je ne pouvais pas la voir ! »

Cette fois, ils soulevèrent le couvercle.

Une délicieuse odeur de beurre s’échappa du panier. Le Petit Fantôme posa sa lanterne sur la desserte et transféra les petits pains sur un plateau, un par un. Il y en avait aux raisins, au lait, au sucre, et beaucoup plus que ne l’aurait souhaité leur impatience.

Enfin, Suzon releva la serviette.

La clochette reposait dans le fond creux, son ruban violet étalé contre l’osier. Une extrémité effilochée rejoignait la charnière.

Nino la saisit et la fit tinter.

La note claire remplit la salle.

« Les pains étouffaient le son », dit le Petit Fantôme.

La Citrouille regarda le panier, puis la table.

« Les miettes nous indiquaient où Suzon avait travaillé. Le fil reliait le panier au ruban. Et le tintement nous disait qu’un objet dur se cachait sous le goûter. »

Nino baissa les oreilles.

« Je voulais seulement la mettre à l’abri.

— Tu avais choisi une cachette remarquablement confortable », répondit le Petit Fantôme.

Suzon soulève le torchon du panier, révélant une clochette cuivrée au ruban violet, tandis que le Petit Fantôme tient un plateau de pains.

Il restait deux minutes avant l’heure annoncée.

La salle retrouva soudain toute son agitation. Suzon ramassa les plateaux, Nino emporta les derniers gobelets, et Pétronille referma sa collection de boutons d’un claquement satisfait.

La Citrouille s’approcha d’elle.

« Nous t’avons soupçonnée trop vite.

— Vous m’avez posé une question, répondit la pie. Ce qui était supportable. Mais la prochaine fois, choisissez un mystère avec des boutons. J’aurai davantage de compétences. »

Le Petit Fantôme reprit sa lanterne et accompagna la Citrouille jusqu’au vestibule. Les trois couloirs s’ouvraient devant eux : celui du salon bleu, celui de la bibliothèque et celui de l’ancienne salle de musique.

Aux portes, les concurrents attendaient, leurs papiers encore empilés et leurs pinceaux posés. Une fille déguisée en renarde serrait une lanterne ronde contre son tablier. Plus loin, un garçon coiffé d’un chapeau d’étoiles essayait de deviner le sujet de son voisin.

« Tout le monde est prêt ? » demanda la Citrouille.

Trois réponses arrivèrent, presque ensemble.

Elle leva la clochette. Le ruban violet avait gardé un petit accroc, mais le cuivre brillait comme auparavant.

La note bondit sous les voûtes, fila dans les couloirs et atteignit les trois salles.

Partout, les mains se mirent au travail.

Le Petit Fantôme écouta les premiers froissements de papier.

« Elle n’avait donc pas quitté la salle.

— Non, dit la Citrouille. Elle avait seulement pris de l’avance sur le goûter. »

Une heure plus tard, les lanternes occupaient les tables : lunes à moustaches, maisons penchées, champignons à fenêtres et citrouilles constellées de trous lumineux.

Suzon apporta les petits pains. Sur le panier, Nino avait attaché une étiquette soigneusement calligraphiée : PAIN UNIQUEMENT.

Pétronille la lut, puis glissa son bouton de cuivre contre son aile.

« Dommage. Il avait l’air très bien, ce garde-meuble. »

Le Petit Fantôme rit si fort que sa lanterne dorée se balança. Dans le vestibule, la clochette attendait l’annonce des résultats, bien visible au milieu d’un plateau vide.

Dans le vestibule, la Citrouille agite la clochette près du Petit Fantôme, tandis que les participants fabriquent leurs lanternes dans trois salles.

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