3-6 ans

Chut, la lune met ses chaussons

Une douce promenade d’Halloween où une citrouille, un petit fantôme et une luciole chantent pour endormir la nuit d’automne.

Lire le texte de l’histoire

Le soir d’Halloween descendait doucement sur le village. Les maisons portaient des guirlandes orange, les fenêtres souriaient derrière des rideaux dorés, et des paniers de bonbons attendaient les petits déguisés.

Au bord du chemin, la Citrouille ajusta son chapeau-feuille jaune. Elle vérifia son écharpe verte, puis regarda le ciel.

« La lune semble fatiguée, dit-elle. Elle a peut-être besoin d’une berceuse. »

Le Petit Fantôme arriva en flottant à quelques centimètres du sol. Il était en feutre blanc, tout doux, avec deux petits yeux ronds et un sourire tranquille. Dans sa main, il tenait une lanterne dorée sans flamme. Elle brillait toute seule, comme un petit soleil de poche.

« Je connais une chanson très calme, dit-il. Tu chantes avec moi ? »

« Oui. Mais tout doucement. »

Miette la luciole se posa sur l’écharpe verte. Elle n’avait pas besoin de paroles. Elle suivait la mélodie en faisant danser sa minuscule lumière.

La Citrouille prit une grande inspiration. Le Petit Fantôme leva sa lanterne. Une feuille rousse tourna dans l’air, juste au-dessus de leurs têtes.

Chut, la lune met ses chaussons.

La lune descendit un peu plus bas derrière les nuages. Le village devint silencieux. Même les grelots des petits costumes semblèrent ralentir.

« Elle nous écoute », murmura Miette, sans faire de bruit.

Ils avancèrent jusqu’à la place du village. Là, les enfants avaient laissé leurs déguisements sur les bancs avant de rentrer dormir. On voyait une cape de magicien, des oreilles de chat, un chapeau de pirate en carton et une robe pleine d’étoiles.

La Citrouille s’arrêta devant une petite corbeille.

« Il reste trois bonbons. Tu en veux un ? »

Le Petit Fantôme choisit un bonbon en forme de lune.

« Je vais le garder pour demain. Les bonbons aussi aiment se reposer. »

La Citrouille rit sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les maisons. Puis elle commença le deuxième couplet.

« Dors, petit nuage, dors, petit toit, la nuit pose ses rubans sur toi. »

À cet instant, une feuille jaune tournoia entre les bancs. La lanterne dorée scintilla deux fois, puis trois, comme si elle battait la mesure. Miette accompagna la chanson en dessinant un minuscule cercle de lumière autour du bonbon-lune.

Chut, la lune met ses chaussons.

Une fenêtre se ferma avec douceur. Dans une maison, un enfant en costume de renard bâilla sous sa couverture. Dans une autre, une petite fille posa son masque de papillon près de son oreiller.

« Tu crois que la lune porte vraiment des chaussons ? » demanda le Petit Fantôme.

« Bien sûr, répondit la Citrouille. Des chaussons couleur crème, avec des étoiles cousues dessus. »

La lune passa derrière un nuage. On aperçut seulement un petit bout de lumière, rond et paisible.

Le chemin les conduisit jusqu’au jardin des citrouilles. Les grandes feuilles vertes dormaient déjà sur la terre fraîche. Quelques lanternes souriantes éclairaient les allées, sans flamme et sans fumée.

La Citrouille salua ses cousines rondes.

« Bonne nuit, grande Orange. Bonne nuit, Petite Rayée. »

Puis elle se pencha vers le Petit Fantôme.

« Pour le troisième couplet, on peut chanter comme le vent dans les arbres. »

Ils chantèrent, tout bas :

« Feuille qui danse, branche qui dort, le rêve arrive au petit port. »

Une feuille rousse s’éleva du sol et tourna autour de la Citrouille. La lanterne dorée scintilla doucement sur son écharpe verte. Miette vola près de leurs visages, accompagnant la mélodie avec sa petite lumière silencieuse.

Chut, la lune met ses chaussons.

Au loin, on entendait encore quelques pas d’enfants. Ils rentraient chez eux avec leurs paniers de bonbons. Certains portaient des capes, d’autres des couronnes de papier. Tous marchaient lentement, comme si la nuit leur avait prêté ses pieds de velours.

Le Petit Fantôme regarda le ciel.

« Elle est presque prête. »

« Alors chantons encore plus doucement », répondit la Citrouille.

Ils posèrent leurs voix sur le souffle des arbres. Les feuilles frémirent à peine. Une chouette en bois, accrochée à une clôture, se balança sans grincer. Même les rubans des décorations restèrent tranquilles.

La lune glissa derrière le clocher. Ses rayons devinrent pâles et ronds, comme une veilleuse.

Enfin, la Citrouille et le Petit Fantôme atteignirent la colline. De là-haut, ils voyaient le village entier : les toits, les jardins, les petits paniers, les costumes rangés et les fenêtres devenues sombres.

Miette se posa sur le chapeau-feuille jaune. Le Petit Fantôme déposa sa lanterne dorée dans l’herbe. Elle continua de scintiller sans flamme, comme une étoile assise.

La Citrouille sourit à la lune.

« Il ne reste plus qu’un dernier couplet. »

Ils chantèrent ensemble :

« Lune tranquille, ciel de coton, dors jusqu’au chant des moineaux blonds. »

Une dernière feuille tournoia devant eux. La lanterne dorée scintilla lentement. Miette accompagna la mélodie sans faire de bruit, avec une lumière si douce qu’on aurait dit une poussière d’or.

Chut, la lune met ses chaussons.

Alors la lune posa ses chaussons derrière un nuage. Elle se blottit dans le ciel et ferma ses paupières d’argent.

Le Petit Fantôme bâilla.

« Je crois que j’ai sommeil, moi aussi. »

« Moi aussi », dit la Citrouille. « Mais demain, nous pourrons raconter la chanson aux feuilles. »

Ils s’installèrent côte à côte sous un grand arbre. Le Petit Fantôme replia doucement son bord de feutre. La Citrouille posa son chapeau contre l’écharpe verte. Miette resta près d’eux, petite veilleuse silencieuse.

Dans le village, tout dormait maintenant. Les bonbons attendaient le matin. Les déguisements reposaient sur les chaises. Et, tout là-haut, la lune rêvait de chaussons moelleux, de feuilles dansantes et de chansons murmurées.

La nuit d’automne pouvait dormir en paix.

D’autres histoires à lire