Les neuf bonbons de la promenade

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La nuit venait de mettre son manteau bleu sur le village. Les feuilles dansaient doucement sur le chemin. La Citrouille avançait d’un pas rond. Elle portait son chapeau-feuille jaune et une grande écharpe verte. À côté d’elle flottait le Petit Fantôme en feutre blanc. Il tenait sa lanterne dorée, sans flamme, qui brillait comme une petite lune.

Dans le panier Caramel, il y avait neuf bonbons bien enveloppés.

« Tu es prêt ? demanda la Citrouille. « Oui. Nous allons les distribuer à nos amis », répondit le Petit Fantôme.

Près d’un buisson, ils trouvèrent une feuille jaune, toute seule, posée sur une pierre.

« Comptons : un ! » dit la Citrouille.

La feuille avait la forme d’un petit chapeau. La Citrouille la posa sur la lanterne. Un peu plus loin, deux glands roulèrent jusqu’à leurs pieds.

« Comptons encore : un, deux ! » murmura le Petit Fantôme.

Caramel les rangea dans son ventre-panier. Puis une chouette descendit d’une branche. C’était Pimprenelle, avec ses lunettes rondes et son bonnet violet.

« Bonsoir ! Vous allez où ? « Nous promenons neuf bonbons, expliqua la Citrouille. Nous voulons en offrir à nos amis. « Alors, je peux commencer ? »

Pimprenelle reçut un bonbon à la noisette. Dans le panier, il en restait huit.

La lanterne dorée éclaira le chemin, sans flamme, et les trois amis continuèrent leur promenade.

Au tournant du chemin, deux petits hérissons apparurent derrière une citrouille décorée de pois blancs. Ils portaient des capes de magicien en tissu, beaucoup trop grandes pour eux.

« Nous sommes deux », annoncèrent-ils ensemble.

« Un, deux », compta le Petit Fantôme.

La Citrouille donna un bonbon à chacun. Il restait six bonbons dans Caramel.

Les hérissons remercièrent leurs nouveaux amis et partirent en trottinant. Mais, près d’un banc, Caramel se mit à trembler.

« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la Citrouille. « J’ai trouvé trois bonbons cachés sous une feuille ! »

Ils les posèrent à côté des six autres.

« Un, deux, trois ! » compta Pimprenelle.

Le panier contenait maintenant neuf bonbons. La promenade avançait, et les bonbons aussi.

Plus loin, quatre amis attendaient devant une petite barrière : une souris en cape orange, un lapin en chapeau pointu, un escargot avec un nœud papillon et une tortue déguisée en étoile.

« Nous sommes quatre », dit la souris.

La Citrouille partagea quatre bonbons. Un pour la souris, un pour le lapin, un pour l’escargot et un pour la tortue. Il en restait cinq.

Puis une vieille dame du village sortit sur son perron. Elle avait préparé cinq étoiles en sucre, brillantes et dorées.

« Prenez-les pour votre fête autour de la lanterne », dit-elle.

« Comptons : un, deux, trois, quatre, cinq ! » chantonna le Petit Fantôme.

Les étoiles en sucre rejoignirent Caramel. Elles n’étaient pas des bonbons, mais elles sentaient la vanille. Le chemin brillait maintenant de petits trésors.

Après la barrière, ils arrivèrent dans une clairière. Il y avait six petites tasses sur une table basse, prêtes pour du jus de pomme tiède. La vieille dame du village les aidait à les préparer.

« Une, deux, trois, quatre, cinq, six », compta la Citrouille en les alignant.

Le panier Caramel pencha soudain sur le côté. Un bonbon roula hors de sa poche secrète.

« Celui-là était tout au fond ! » s’écria le panier.

Il y avait donc six bonbons dans Caramel, juste assez pour les six amis qui les attendaient à la clairière : Pimprenelle, les deux hérissons, la souris, le lapin et l’escargot. La tortue était partie chercher des serviettes en forme d’étoile.

Avant de s’installer, ils décorèrent la table. Le Petit Fantôme noua sept rubans verts aux branches basses.

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept ! »

La Citrouille ramassa ensuite huit feuilles rouges et les disposa autour de la lanterne.

« Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. Elles font une jolie couronne », dit-elle.

Pimprenelle leva les yeux. Dans le ciel, neuf petits nuages ronds passaient devant la lune, sans la cacher tout à fait.

« Neuf ! » chuchota-t-elle.

Alors le Petit Fantôme posa la lanterne au milieu de la table. Sa lumière dorée dessina neuf points brillants sur les tasses. Tout le monde s’assit en silence pendant un instant, pour écouter les feuilles danser.

Puis la tortue revint avec une grande nappe à carreaux. Elle apportait aussi dix petites serviettes orange.

« Comptons-les avant de les poser : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ! » dit la tortue.

Les serviettes entourèrent la table comme une ronde de citrouilles. Caramel distribua les six bonbons restants. Pimprenelle en reçut un. Les deux hérissons en reçurent chacun un. La souris, le lapin et l’escargot reçurent les trois derniers.

« Il n’en reste plus », remarqua le Petit Fantôme.

La Citrouille regarda la table, puis sourit.

« Il n’en fallait pas davantage. Six amis, six bonbons, dix serviettes, et une lanterne dorée pour tout éclairer. »

La vieille dame aida à verser le jus de pomme tiède dans les tasses. Les étoiles en sucre furent posées au centre, avec les feuilles rouges et les glands. Les amis racontèrent leurs déguisements, leurs promenades et leurs trouvailles.

Le Petit Fantôme fit danser sa lanterne, toujours sans flamme. La lumière glissa sur le chapeau-feuille jaune de la Citrouille, sur son écharpe verte et sur le petit panier Caramel.

Dehors, la nuit d’automne était douce. Dedans, la fête brillait tranquillement autour de la lanterne dorée.

Et, quand vint l’heure de rentrer, chacun emporta une feuille, un sourire et le souvenir d’une promenade pleine de nombres.

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