Dodo, douce nuit d’automne

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Le soir descendait sur la forêt. Les feuilles rousses dansaient sur le chemin, et la lune glissait entre les branches.

Près d’un vieux chêne, une citrouille ronde avançait à petits bonds. Elle portait un chapeau-feuille jaune et une longue écharpe verte qui flottait derrière elle.

« Bonsoir, Petit Fantôme ! »

Le Petit Fantôme arrivait en silence, mais son sourire brillait dans son visage de feutre blanc. Dans ses mains, il tenait une lanterne dorée sans flamme. Elle éclairait doucement, comme une luciole tranquille.

« Bonsoir, Citrouille ! Tu es prête pour notre tournée ? »

« Tout à fait. Les petits animaux ont besoin d’une chanson pour fermer les yeux. »

Derrière une fougère, Plume la chouette battit des ailes.

« Chut ! Noisette l’écureuil cherche son doudou. »

Noisette tournait en rond avec un petit bonnet rouge entre les pattes. La Citrouille s’approcha, et le Petit Fantôme leva sa lanterne. Une lueur dorée apparut dans l’herbe. Le bonnet était là, juste sous une feuille.

Puis les deux amis chantèrent tout doucement :

Dodo, douce nuit, rêve joli.

À cet instant, une première lanterne s’alluma sur la branche basse du chêne. Elle ne brûlait pas. Elle brillait comme un petit soleil endormi. Dans sa lumière, un rêve sucré rejoignit la ronde : un nuage de barbe à papa rose, avec des étoiles en sucre.

Noisette serra son bonnet contre lui.

« Je crois que je vais enfin pouvoir dormir. Mais mon ventre fait encore des petits bruits. »

« Un goûter de nuit ? » proposa la Citrouille.

Elle ouvrit une petite poche cousue dans son écharpe. Elle en sortit des bonbons en forme de lune, de feuille et de petite pomme. Le Petit Fantôme les posa dans une coupelle de marrons brillants.

Plume descendit de son perchoir.

« Moi, je voudrais un rêve qui vole. »

« Alors, suis la chanson », murmura le Petit Fantôme.

Tous se blottirent sous le chêne. Noisette posa sa tête sur sa queue touffue. Plume replia ses ailes. La Citrouille balança son chapeau-feuille, et le Petit Fantôme fit tinter doucement sa lanterne dorée.

Dodo, douce nuit, rêve joli.

Une deuxième lanterne s’alluma entre deux racines. Sa lumière semblait faite de miel. Un rêve sucré arriva en tournoyant : des biscuits ronds qui volaient dans le ciel, avec de petites ailes en sucre glace. Plume les suivit des yeux, sans bouger de sa branche.

« Ils sentent la cannelle », chuchota-t-elle.

Le vent passa dans les feuilles. Il ne soufflait pas fort. Il faisait seulement frou-frou, comme une couverture que l’on déplie.

Au loin, d’autres animaux s’approchèrent : un hérisson avec un déguisement de papillon, deux lapins portant des capes violettes et une souris coiffée d’un chapeau de sorcière beaucoup trop grand.

« Vous aussi, vous cherchez le sommeil ? » demanda la Citrouille.

Les animaux hochèrent la tête.

La Citrouille fit une place à chacun. Le Petit Fantôme passa devant les animaux, sa lanterne dansant à hauteur de leurs yeux.

« On peut chanter moins fort », souffla-t-il. « Les rêves aiment les voix douces. »

Alors la chanson devint presque un murmure.

Dodo, douce nuit, rêve joli.

Une troisième lanterne s’alluma près d’un tas de citrouilles décorées. Sur l’une d’elles, deux petits cœurs remplaçaient les yeux. Sur une autre, des étoiles souriaient.

Cette fois, un rêve sucré glissa hors de la lumière. C’était une rivière de chocolat chaud, traversée par des barques en gaufrette. Des bonbons colorés flottaient comme des bateaux minuscules. Noisette rêva qu’il naviguait jusqu’à une île de noisettes grillées. Plume rêva d’un ciel rempli de plumes dorées.

Les lapins bâillèrent. Le hérisson s’installa dans un panier de feuilles. La souris posa son grand chapeau sur son ventre et ferma les yeux.

Mais le Petit Fantôme regarda autour de lui.

« Il manque encore quelqu’un. »

Derrière un buisson, une petite biche avançait à pas lents. Elle portait un masque de renard sur le front et tenait une sucette en forme d’étoile.

« Je n’arrive pas à m’endormir quand je suis seule », dit-elle.

La Citrouille lui fit un clin d’œil.

« Alors tu ne seras pas seule. Viens près de nous. »

La biche s’allongea entre Plume et Noisette. Le Petit Fantôme posa sa lanterne tout près d’elle. La lueur dorée arrondit les ombres et rendit la mousse douce comme un coussin.

La lune monta encore. Les étoiles semblaient plus proches, comme si elles voulaient écouter elles aussi.

La Citrouille resserra son écharpe verte. Le Petit Fantôme posa ses deux mains autour de sa lanterne dorée.

« C’est la dernière chanson », murmura-t-il.

Tous respirèrent lentement. Même les feuilles se tinrent tranquilles.

Dodo, douce nuit, rêve joli.

Une quatrième lanterne s’alluma tout en haut du vieux chêne. Sa lumière descendit en longs rubans dorés. Un dernier rêve sucré rejoignit la ronde : une grande maison en pain d’épice, avec des fenêtres en sucre transparent et une porte qui sentait la vanille.

Plume ferma un œil, puis l’autre. Noisette sourit dans son sommeil. Les lapins ronflèrent si doucement qu’on aurait dit des bulles. La petite biche serra sa sucette contre elle.

La Citrouille regarda ses amis dormir.

« Demain, on recommencera les déguisements ? » chuchota-t-elle.

« Bien sûr », répondit le Petit Fantôme. « Et peut-être qu’une nouvelle lanterne nous attendra. »

Ils restèrent là, côte à côte, sous le chêne. La Citrouille veillait avec son chapeau jaune. Le Petit Fantôme veillait avec sa lanterne sans flamme.

Peu à peu, la forêt devint toute calme. Les rêves sucrés tournèrent autour des dormeurs, sans faire de bruit. Puis ils montèrent vers les étoiles, où ils brillèrent jusqu’au matin.

Et dans la nuit d’automne, chacun dormit d’un sommeil doux, chaud et merveilleux.

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