Le pont de brume
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La nuit tombait doucement sur le jardin. Au bout du sentier, les lucioles avaient allumé leurs petites lampes. Elles dansaient près des fougères et faisaient scintiller l’air comme une poignée d’étoiles.
La Citrouille au chapeau-feuille avançait d’un pas joyeux. Son écharpe verte flottait derrière elle.
« Dépêche-toi, Petit Fantôme ! La fête va commencer ! »
Le Petit Fantôme en feutre blanc trottinait à côté d’elle. Il portait une lanterne ronde, bien accrochée à sa main. Sa lumière dorée éclairait les cailloux du chemin.
Soudain, ils arrivèrent devant le ruisseau.
Ploc, ploc, ploc, chantait l’eau.
Mais le petit pont de bois n’était plus là. Il avait été emporté par une grande bourrasque. Il ne restait que deux piquets solides, un de chaque côté du ruisseau.
La Citrouille regarda l’eau qui brillait dans la nuit.
« Comment allons-nous rejoindre la fête ? »
Le Petit Fantôme leva sa lanterne.
« On va chercher une idée. Une idée légère, mais solide. Et nous demanderons de l’aide à la jardinière. »
Ils suivirent la rive. Le Petit Fantôme éclairait les buissons, les pierres et les grandes branches tombées au sol.
« Regarde ! » dit la Citrouille.
Près d’un saule, des roseaux souples formaient une grande botte. Plus loin, des rubans de toutes les couleurs s’étaient accrochés aux branches. Il y en avait des jaunes, des bleus et des rouges, tout froissés par le vent.
La Citrouille les ramassa avec soin.
« Les roseaux et les rubans pourraient décorer un nouveau passage. »
À ce moment-là, la jardinière arriva avec une planche large et solide.
« Bonne idée ! dit-elle. Mais pour traverser le ruisseau, il faut un pont bien stable. Je vais installer la planche sur les deux piquets, et vous pourrez m’aider à la décorer. »
Elle vérifia les appuis, posa la planche bien à plat et la secoua doucement pour s’assurer qu’elle ne bougeait pas.
La Citrouille et le Petit Fantôme nouèrent ensuite les rubans autour de petits bouquets de roseaux. La jardinière les fixa sur les côtés du pont.
Un ruban jaune à gauche.
Un ruban bleu à droite.
Puis un ruban rouge au milieu.
Le ruban bleu glissa. La Citrouille le rattrapa avec sa petite tige.
« Celui-ci veut s’échapper ! »
« Alors, faisons-lui un nœud encore plus malin », répondit le Petit Fantôme.
La jardinière les aida à croiser le ruban et à le serrer autour du bouquet de roseaux.
Le nœud resta bien en place.
Le pont était prêt. Il était solide dessous et léger dessus, avec ses rubans qui dansaient dans la brise. Les bouquets de roseaux lui donnaient l’air d’un petit pont de brume.
La jardinière vérifia encore chaque attache.
« Tout est bien fixé. Vous pouvez traverser lentement, l’un après l’autre, en tenant la corde. »
Une corde basse courait le long du pont. La Citrouille posa un pied sur la planche. Elle resta bien stable.
« Ça ne bouge presque pas ! »
« Parce que la jardinière l’a bien installé », dit le Petit Fantôme.
La Citrouille avança lentement. Un pas, puis un autre. Son chapeau-feuille frissonnait. Son écharpe verte glissait derrière elle comme une petite rivière.
Arrivée de l’autre côté, elle se retourna.
« Viens. Je tiens le ruban rouge, et la corde est là si tu en as besoin. »
Le Petit Fantôme garda sa lanterne bien accrochée et avança à son tour. La lumière dansait sur l’eau. Ensemble, ils atteignirent l’autre rive sous le regard attentif de la jardinière.
Derrière les arbres, la fête des lucioles brillait de mille petits points dorés. Les lucioles tournaient au-dessus d’un tapis de mousse. De petites tables basses étaient couvertes de feuilles rondes et de jolies assiettes.
La Citrouille et le Petit Fantôme arrivèrent juste à temps.
Une luciole se posa sur le chapeau-feuille.
Une autre s’accrocha au ruban vert du pont.
« Elles ont trouvé notre pont », chuchota le Petit Fantôme.
La Citrouille regarda par-dessus son épaule. Le passage décoré de roseaux et de rubans brillait entre les deux rives. Les rubans dansaient dans la brise, mais les attaches restaient bien serrées.
« Il pourra servir aux invités, avec l’aide de la jardinière », dit-elle.
Alors les lucioles traversèrent. Une par une, puis deux par deux. Leur lumière glissait sur la planche comme des perles mouvantes.
Le Petit Fantôme posa sa lanterne près du sentier. Sa lueur dorée se mêla aux petites lumières dansantes.
La Citrouille goûta une tarte aux noisettes. Le Petit Fantôme choisit une part de gâteau aux pommes. Puis ils se mirent à tourner sous les branches, avec les lucioles au-dessus d’eux.
Au loin, le ruisseau continuait son petit chant.
Ploc, ploc, ploc.
Et sur l’eau calme, les rubans du nouveau pont semblaient flotter dans un rêve.
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