Le nuage dans le panier

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Au bord du jardin, la Citrouille au chapeau-feuille avançait d’un pas rond et joyeux. Son écharpe verte dansait sur ses épaules. Elle portait son grand panier de récolte pour ramasser les pommes tombées sous le vieux pommier.

Ploc.

Une goutte lui tomba sur le nez.

Ploc, ploc.

Puis une petite pluie se mit à tomber autour d’elle. Les feuilles brillèrent. La terre devint sombre. Même les pommes firent de petits bonds dans l’herbe.

« Tiens donc, murmura la Citrouille. Je n’avais pas prévu d’arroser le jardin aujourd’hui. »

Elle leva les yeux. Le ciel était bleu, sans un seul nuage. Elle regarda son chapeau-feuille. Il était bien sec. Elle toucha son écharpe. Elle était mouillée.

Ploc, ploc, ploc.

La Citrouille posa son panier devant elle. Tout au fond, entre deux pommes et trois feuilles de menthe, quelque chose bougea.

Un minuscule nuage gris perle se redressa en faisant froufrou. Il avait deux petits yeux ronds et une bouche en forme de cœur. Il semblait très gêné.

« Oh, dit la Citrouille, tu étais coincé dans mon panier ! »

Le nuage hocha doucement la tête. Une goutte tomba sur une pomme.

« Je voulais seulement voyager un peu, souffla-t-il. Mais je me suis glissé dans le panier et je n’ai pas réussi à en ressortir. »

« Ne t’inquiète pas. On va te sortir de là. »

La Citrouille tira sur une brindille, souleva une feuille, puis retourna délicatement le panier. Rien à faire. Le petit nuage restait coincé dans un coin.

« Il nous faudrait quelqu’un qui connaît les chemins, dit-elle. »

Une petite lumière apparut derrière le buisson de framboisiers.

C’était le Petit Fantôme en feutre blanc. Il flottait à quelques centimètres du sol. Sa forme était douce et arrondie, avec deux yeux ronds, un sourire tranquille et une petite lanterne dorée à la main. Il n’avait rien d’effrayant. On aurait dit un mouchoir qui savait danser.

« Bonjour, la Citrouille ! Bonjour, petit nuage ! »

« Bonjour, Petit Fantôme, répondit la Citrouille. Peux-tu nous aider ? Le nuage voudrait repartir dans le ciel. »

Le Petit Fantôme approcha sa lanterne du panier. La lumière dorée éclaira le fond entre les lattes.

« Regarde, dit-il. Il y a des traces de gouttes. Elles sortent du panier et vont vers le chemin. »

En effet, de petites perles d’eau formaient une ligne brillante sur la terre. Elles passaient sous les fougères, contournaient les cailloux et grimpaient vers le nord.

La Citrouille remit son panier sur son dos.

« Alors, suivons-les ! »

Ils partirent tous les trois. La Citrouille avançait en faisant craquer les feuilles sèches. Le Petit Fantôme éclairait les traces avec sa lanterne. Le petit nuage sautillait dans le panier, laissant tomber une pluie fine et régulière.

Ploc sur une pierre. Ploc sur une feuille. Ploc dans une flaque.

Bientôt, ils arrivèrent près du potager. Les salades levaient leurs feuilles vers le ciel. Les tournesols penchaient leurs grandes têtes.

« On dirait que les plantes aiment cette pluie, remarqua le Petit Fantôme. »

Le nuage sourit. Il gonfla un peu, puis éternua tout doucement.

Pschitt !

Une brume fraîche couvrit les radis.

« Mais il faut quand même trouver un endroit où tu peux voler, ajouta la Citrouille. »

Les traces continuaient entre les herbes hautes, vers une colline que l’on apercevait au loin.

Le chemin monta entre les herbes. Le vent soufflait de plus en plus fort.

Fffouuuu !

L’écharpe verte de la Citrouille se déploya derrière elle comme un drapeau. Le chapeau-feuille s’aplatit sur sa tête. Le Petit Fantôme dut tenir sa lanterne à deux mains.

« Nous sommes presque arrivés ! cria-t-il. Les gouttes vont jusqu’en haut ! »

La colline était couverte de petites fleurs bleues, jaunes et roses. Elles se balançaient dans le vent. Tout près du sommet, une grande pierre plate formait un promontoire au-dessus des champs.

Le Petit Fantôme posa sa lanterne sur la pierre.

« Essaie ici, petit nuage. »

La Citrouille retira doucement son panier de son dos. Le nuage resta immobile, comme s’il avait oublié comment sortir.

« Tu peux y aller, dit-elle. Le ciel t’attend. »

Le Petit Fantôme écarta délicatement quelques brins d’osier. Le vent entra aussitôt.

Fffouuuu !

Le petit nuage glissa hors du panier, monta d’un mètre, redescendit de deux, puis tourna sur lui-même.

« Je n’y arrive pas ! »

« Prends le vent par la main, proposa le Petit Fantôme. »

Le nuage s’approcha de la brise. Celle-ci le poussa doucement vers le sommet.

La Citrouille leva ses deux petites feuilles comme pour l’encourager. Le nuage monta encore. Il devint plus léger, plus blanc, plus rond.

Puis une grande rafale passa sur la colline.

Ffffff !

Le nuage s’envola dans le ciel bleu. Il fit une boucle au-dessus de la Citrouille et du Petit Fantôme, puis se plaça juste au-dessus des fleurs.

« Me voilà ! » cria-t-il.

Une pluie douce se mit à tomber sur la colline. Les fleurs ouvrirent leurs pétales. Les couleurs semblèrent danser dans les gouttes.

La pluie resta fine, juste assez pour mouiller les fleurs sans plier leurs tiges. Le petit nuage dansa au-dessus de la colline, heureux de retrouver sa place.

« Merci de m’avoir aidé, dit-il. Je croyais que je resterais dans le panier pour toujours. »

« Tu peux revenir nous voir quand tu veux, répondit la Citrouille. Mais la prochaine fois, demande avant d’entrer. »

Le nuage promit d’essayer. Il envoya trois gouttes bien rondes dans le panier vide.

Ploc. Ploc. Ploc.

Le Petit Fantôme reprit sa lanterne. Sa lumière brillait même en plein jour.

« Maintenant, nous pouvons redescendre, dit-il. »

La Citrouille remit son panier sur son dos. En descendant la colline, elle sentit quelque chose de léger tomber sur son chapeau-feuille.

Une petite fleur jaune.

Puis une autre.

Les fleurs de la colline s’étaient penchées dans le vent et avaient laissé partir leurs pétales. La Citrouille les recueillit dans son panier, avec les pommes et les feuilles de menthe.

En bas, le jardin semblait attendre leur retour. La terre sentait bon. Les salades étaient bien droites. Les tournesols regardaient le ciel.

Le petit nuage flottait au-dessus de la colline. De temps en temps, il envoyait une pluie douce sur les fleurs, puis il repartait avec le vent.

La Citrouille et le Petit Fantôme avancèrent côte à côte.

« Tu crois qu’il y aura encore de la pluie demain ? demanda la Citrouille. »

Le Petit Fantôme leva sa lanterne vers le ciel.

« Peut-être. Mais je parie qu’elle ne sera pas dans ton panier. »

La Citrouille éclata de rire. Son écharpe verte tournoya autour d’elle.

Loin au-dessus d’eux, le petit nuage fit une dernière boucle dans le ciel bleu.

Ploc, tout doucement, une goutte tomba sur le bout du nez de la Citrouille.

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