Le jardin des lanternes dorées
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Au bord du village, quand le ciel devint violet, la Citrouille au chapeau-feuille jaune avançait sur le chemin. Son écharpe verte dansait autour de son cou. À côté d’elle flottait le Petit Fantôme en feutre blanc. Il portait une petite lanterne dorée sans flamme.
« Tu crois que le jardin est vraiment là ? » demanda la Citrouille.
« Miette la souris m’a dit qu’il se cache derrière le vieux mur couvert de lierre », répondit le Fantôme. « Mais elle a ajouté qu’il ne brillait plus comme avant. »
Ils poussèrent une petite porte ronde. Derrière, s’étendait un jardin plein de feuilles rousses, de citrouilles rondes et de fleurs d’octobre. Des dizaines de lanternes dorées étaient accrochées aux branches. Pourtant, aucune ne brillait.
Le Petit Fantôme leva sa lanterne. Elle resta toute douce et toute terne.
Soudain, une petite souris sortit d’un tas de feuilles.
« Bonsoir, Miette ! » dit la Citrouille.
« Bonsoir ! Le jardin attend les souvenirs heureux », expliqua Miette. « Chaque lanterne s’allume quand quelqu’un raconte un beau moment. Mais ce soir, personne n’est encore venu. »
La Citrouille regarda les lanternes silencieuses. Elles semblaient attendre, sans se plaindre.
« Nous pouvons commencer », dit le Petit Fantôme. Il posa sa lanterne sur une pierre et réfléchit.
« Je me souviens d’un matin où j’ai trouvé une noisette énorme, grande comme un bouton de manteau ! J’ai voulu la cacher, mais elle roulait toujours plus loin. Alors Miette m’a aidé à la pousser jusqu’à mon petit panier. »
Miette sourit. « Elle était si grosse qu’il a fallu la pousser avec nos deux nez ! »
À peine le souvenir fut-il raconté qu’une lanterne s’alluma. Pas avec une flamme. Elle se mit à rayonner d’une lumière dorée, douce comme une couverture chaude.
« Ça marche ! » murmura la Citrouille.
Elle s’installa près d’un arbre.
« Moi, je me souviens de l’automne dernier. Le vent avait emporté mon chapeau-feuille jaune. Je l’ai cherché partout. Puis un petit garçon déguisé en renard l’a retrouvé dans un panier de pommes. Il me l’a rendu avec un grand sourire. »
Une deuxième lanterne brilla.
Le jardin changea doucement. Les feuilles semblèrent danser. Les citrouilles rondes reflétèrent des points d’or. La petite lanterne du Fantôme commença même à luire un peu.
« Il faut raconter d’autres souvenirs », dit Miette. « Mais nous ne sommes que trois. »
La Citrouille regarda la porte du jardin. Une idée lui vint.
« Invitons tout le village ! »
La Citrouille courut jusqu’à la place du village. Le Petit Fantôme flotta derrière elle, et Miette trottina dans son ombre.
Ils sonnèrent à toutes les portes.
« Venez au jardin des lanternes ! » appelait la Citrouille. « Apportez un souvenir heureux d’automne ! »
Les voisins arrivèrent peu à peu. Il y avait Madame Rose avec un panier de bonbons, les jumeaux déguisés en feuilles, le boulanger couvert de farine et Lulu la lanterne, une vieille lanterne ronde qui roulait doucement sur ses petits pieds.
Chacun raconta son souvenir.
Madame Rose se souvenait du jour où elle avait préparé des biscuits en forme de lune pour toute la rue. Les jumeaux racontèrent leur course dans un grand tas de feuilles. Le boulanger parla d’un matin où tout le village était venu l’aider à porter des sacs de pommes.
Lulu la lanterne ajouta : « Je me souviens d’une soirée où tous les enfants chantaient près de moi. Je n’avais pas de flamme, mais je me sentais déjà très lumineuse. »
À chaque histoire, une lanterne dorée s’éveillait. Le jardin se remplit de petites lumières. Elles ne piquaient pas les yeux. Elles dansaient comme des lucioles tranquilles.
Même les plus jeunes voisins trouvèrent un souvenir à partager : une promenade, un bonbon, un déguisement, une soupe chaude ou un câlin sous une couverture.
Quand le dernier souvenir fut raconté, toutes les lanternes s’allumèrent ensemble. Le jardin devint plus brillant que la place du village, mais sa lumière resta tendre et calme.
La lanterne du Petit Fantôme rayonna comme une petite étoile.
« Regarde ! » dit-il. « Elle a retrouvé sa lumière. »
La Citrouille sourit sous son chapeau-feuille.
« Non, elle a trouvé la lumière de tout le monde », répondit-elle.
Alors les voisins sortirent les bonbons. On échangea des sucettes, des biscuits et des petits chocolats. Les enfants montrèrent leurs déguisements. Les jumeaux dansèrent avec leurs manches en forme de feuilles. Miette reçut une minuscule friandise, qu’elle partagea aussitôt avec Lulu.
Plus tard, chacun rentra chez soi. Le jardin resta ouvert, brillant doucement sous la lune. La Citrouille et le Petit Fantôme s’assirent près de la porte ronde.
« Quel souvenir raconteras-tu demain ? » demanda le Fantôme.
La Citrouille regarda les lanternes dorées.
« Celui de ce soir. Parce qu’il tient dans toutes les lumières du jardin. »
Le vent fit frissonner les feuilles. Les lanternes répondirent par un doux scintillement. Puis les deux amis regagnèrent le village, tandis que Miette s’endormait dans un nid de feuilles, avec une petite lueur dorée près de son panier.
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