Le bateau de feuilles
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Au bord de l’étang, la Citrouille au chapeau-feuille et à l’écharpe verte regardait l’eau qui brillait sous le soleil. Son chapeau était une grande feuille jaune, posée de travers sur sa tête ronde. Son écharpe verte flottait doucement autour de son cou. De l’autre côté de l’étang, son ami le Petit Fantôme en feutre blanc habitait près d’un vieux saule. Il était petit, tout doux, et portait toujours une lanterne magique qui diffusait une lumière dorée, sans flamme. Jamais il ne faisait peur. Il aimait surtout écouter les grenouilles et regarder les étoiles. « J’aimerais lui envoyer un message », murmura la Citrouille. Elle prit une feuille de nénuphar, puis une autre, puis trois feuilles de bouleau. Avec une brindille, elle les attacha soigneusement. Le bateau était léger, vert et jaune, avec une petite place au milieu pour un message. La Citrouille écrivit : « Cher ami, je pense à toi. Veux-tu partager un goûter ce soir ? » Elle plia le papier et le posa dans le bateau. « Bon voyage, petit bateau ! » Elle le poussa sur l’eau. Mais à peine avait-il quitté la rive qu’il se mit à tourner. Il tournait à gauche, puis à droite, puis encore à gauche. Le message faisait des ronds sur l’étang. La Citrouille posa ses mains sur ses hanches. « Oh là là… Tu ne vas pas très loin comme ça. »
La Citrouille suivit le bateau le long de la rive. Elle courut à petits pas, son écharpe dansant derrière elle. Le bateau avançait de trois feuilles, puis reculait de deux. Une libellule bleue se posa sur le message. Le bateau tourna encore. « Peut-être qu’il cherche son chemin », dit la Citrouille. « Mais il faudrait lui montrer la bonne direction. » À ce moment-là, une lumière dorée apparut entre les roseaux. C’était le Petit Fantôme en feutre blanc. Il avançait en tenant sa lanterne magique devant lui. « Coucou, dit-il. Pourquoi ton bateau fait-il des ronds ? » « Je voudrais t’envoyer ce message d’amitié, répondit la Citrouille, mais il ne veut pas aller jusqu’à toi. » Le Petit Fantôme s’accroupit près de l’eau. Il observa le bateau, les feuilles, la brindille et le petit papier. « Il lui manque peut-être quelque chose pour avancer tout droit. » Il fouilla dans sa poche. Il en sortit un mouchoir blanc, propre et léger. « On pourrait en faire une voile. » La Citrouille ouvrit de grands yeux. « Une voile ? Comme sur les grands bateaux ? » « Oui, mais une toute petite. » Ensemble, ils attachèrent le mouchoir à une fine tige. La voile se gonfla aussitôt dans le vent. Le bateau pencha un peu, puis se redressa. « Il lui faut encore un gouvernail », ajouta le Petit Fantôme.
Le Petit Fantôme chercha autour de lui. Près d’une touffe d’herbe, il trouva une brindille fine comme un fil. Il la fixa à l’arrière du bateau avec un petit bout de fil vert. « Voilà le gouvernail. Il aidera le bateau à choisir sa route. » La Citrouille appuya doucement sur la brindille. « Comme ça ? » « Un peu vers la droite. » « Et maintenant ? » « Tout droit. » Ils posèrent le bateau sur l’eau. La voile blanche se gonfla. Le bateau avança, mais il se mit encore à tourner. La Citrouille fronça les sourcils. Le Petit Fantôme leva sa lanterne magique. Sa lumière trembla sur les petites vagues. « Le vent souffle de côté. Il faut peut-être tourner le gouvernail avec lui. » La Citrouille réfléchit. Elle toucha la brindille du bout du doigt, juste un peu. Le bateau changea de direction. Il fit un petit arc, puis se remit à avancer vers l’autre rive. « Je crois qu’il a compris ! » dit la Citrouille. « Ou peut-être qu’il nous écoute », répondit le Petit Fantôme. Ils marchèrent le long de l’étang, chacun sur son chemin. La Citrouille suivait la rive d’un côté. Le Petit Fantôme avançait de l’autre, sa lanterne brillant comme une étoile basse. Au milieu de l’eau, le bateau passa près d’un nénuphar. Une grenouille le regarda partir sans bouger. Même le vent semblait retenir son souffle.
Le bateau glissa doucement jusqu’à l’autre rive. Il toucha le bord avec un petit « ploc » et s’arrêta contre les roseaux. Le Petit Fantôme posa sa lanterne magique au sol, puis prit le message avec précaution. Il le lut à voix haute : « Cher ami, je pense à toi. Veux-tu partager un goûter ce soir ? » Son sourire s’élargit. « Oui, bien sûr ! » cria-t-il. La Citrouille entendit sa voix de l’autre côté. Elle leva les bras. « Alors, prépare les biscuits ! » Le Petit Fantôme détacha la voile et le minuscule gouvernail. « Ton bateau a fait un long voyage. » « Il a surtout fait beaucoup de ronds », répondit la Citrouille en riant. Elle traversa le petit pont solide qui reliait les deux rives. Le Petit Fantôme l’attendait avec sa lanterne magique et un panier de biscuits en forme d’étoile. Ils s’installèrent sous le vieux saule. La lumière dorée éclairait leurs visages, les feuilles du bateau et le message posé entre eux. Une brise légère fit danser la voile blanche. Sur l’étang, les ronds s’étaient effacés. Il ne restait qu’un chemin brillant sous la lune. « Tu crois qu’on pourra refaire un bateau demain ? » demanda le Petit Fantôme. « Oui, dit la Citrouille. Mais demain, on lui mettra deux gouvernails ! » Et tous les deux se mirent à rire, tandis que la lanterne magique éclairait doucement leur goûter.
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