La tournée des petits coussins

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Dans le jardin de la maison bleue, la Citrouille au chapeau-feuille jaune préparait une grande tournée. Elle portait son écharpe verte bien enroulée autour du cou et remplissait un panier de petits coussins ronds, carrés et même en forme de lune.

À côté d’elle, le Petit Fantôme en feutre blanc vérifiait sa lanterne dorée sans flamme. Elle brillait d’une lumière douce, comme une luciole tranquille.

« Tout est prêt ? » demanda le Petit Fantôme.

« Presque ! » répondit la Citrouille. « Il nous faut encore le coussin de Biscotte. »

Biscotte était un panier qui parlait. Il avait deux petites anses qui bougeaient quand il riait.

« Je suis là ! » chantonna-t-il. « Mais je ne peux pas porter les coussins. J’ai le fond un peu troué. »

La Citrouille regarda le panier. C’était vrai. Un minuscule fil dépassait, et un coussin risquait de tomber en chemin.

Mimi la souris, avec sa cape violette, arriva en trottinant.

« J’ai une idée, dit-elle. On peut réparer Biscotte avec un joli ruban. »

La Citrouille dénoua son écharpe verte, juste assez pour en détacher un petit morceau de ruban cousu sur le bord. Mimi fit deux tours, trois nœuds et un petit cœur.

« Voilà, dit le Petit Fantôme. Maintenant, Biscotte peut porter les rêves les plus lourds. »

Le panier se redressa fièrement. La tournée pouvait commencer.

La première maison était celle de Lila, une petite fille déguisée en abeille. Un adulte de la maison ouvrit la porte avec elle et accueillit les visiteurs dans la véranda.

« Nous avons apporté un coussin pour écouter la nuit », expliqua la Citrouille.

Lila posa le coussin près de la fenêtre. Tout le monde s’assit en silence.

On entendit d’abord le vent dans les feuilles : froufrou, froufrou. Puis une branche fit toc contre le mur. Au loin, un chat miaula tout doucement.

Lila ferma les yeux.

« Pour souhaiter bonne nuit, chez moi, on fait un sourire secret », murmura-t-elle.

Elle sourit sans montrer les dents, comme si elle gardait une petite étoile dans sa joue. La Citrouille, le Petit Fantôme, Mimi et même Biscotte essayèrent à leur tour. Le sourire de Biscotte ressemblait à une anse relevée de travers, mais il était très réussi.

Avant de partir, Lila leur donna un petit bonbon au miel à partager.

« Merci, dit le Petit Fantôme. Il est doux comme ta chanson de sourire. »

La deuxième maison appartenait aux jumeaux Noé et Nina. Ils portaient des capes de magicien en tissu bleu et tenaient une petite boîte à musique.

« Ici, on souhaite bonne nuit en chantant », annoncèrent-ils.

Ils chantèrent une mélodie simple : « Bonne nuit aux feuilles, bonne nuit au vent, bonne nuit aux petits coussins tout blancs. »

La Citrouille ajouta un refrain grave, le Petit Fantôme une note légère, et Mimi fit tintinnabuler une cuillère contre Biscotte. La chanson monta dans la nuit comme une bulle brillante.

Les jumeaux offrirent deux bonbons à la pomme, un pour chacun des voyageurs. Même Biscotte reçut un minuscule morceau posé sur son couvercle.

La dernière maison se trouvait au bout du chemin, derrière un grand érable rouge. C’était la maison de Tom, qui avait préparé une table pleine de bonbons colorés.

Mais quand la troupe arriva, Tom regardait le ciel d’un air inquiet.

« Je voulais vous offrir une bonne nuit spéciale, dit-il, mais je ne sais pas comment faire. Je n’ai ni chanson ni sourire secret. »

La Citrouille posa un coussin près de lui.

« Tu peux peut-être écouter avec nous. »

Ils s’assirent tous sous l’érable. La nuit faisait de petits bruits : les feuilles glissaient sur le chemin, une chouette appelait au loin, et la lanterne dorée dessinait un cercle paisible sur l’herbe.

Soudain, Biscotte entendit un léger crissement.

« Quelqu’un marche dans les feuilles ! » chuchota-t-il.

Ce n’était pas un visiteur. C’était le vent, qui poussait une feuille jusque sous le coussin de Tom.

Tom la ramassa. Elle était joliment découpée par les petites dents du vent.

« Je sais ! dit-il. Pour souhaiter bonne nuit, je peux offrir une feuille porte-bonheur. »

Il choisit une feuille rouge pour chaque ami et les glissa dans leurs poches. Puis il ajouta un petit bonbon à la noisette.

« C’est parfait », dit Mimi.

Tom sourit. Pas un sourire secret cette fois. Un vrai sourire, large et tranquille.

Quand la tournée fut terminée, les amis retournèrent au jardin de la maison bleue. La lune était montée au-dessus du toit, ronde et claire.

Biscotte avait gardé un coussin pour lui. Il le posa contre une pierre plate et s’installa avec un soupir heureux.

« Quel est ton bruit préféré ? » demanda Mimi.

Le Petit Fantôme écouta un moment.

« Le bruissement des feuilles. Il ressemble à une couverture que la nuit déplie. »

« Moi, j’aime le vent dans les cheminées », dit la Citrouille. « On dirait une chanson qui cherche son chemin. »

Biscotte réfléchit très fort. Son anse gauche trembla.

« Moi, j’aime quand tout le monde se rapproche pour écouter. »

Alors ils se serrèrent autour des coussins. La Citrouille ajusta son chapeau-feuille jaune. Le Petit Fantôme posa sa lanterne dorée au centre du cercle. Sa lumière sans flamme dansa doucement sur les visages.

Mimi distribua les dernières miettes de bonbon. Puis chacun souhaita bonne nuit à sa manière.

Lila, depuis sa maison, envoya un sourire par la fenêtre. Les jumeaux chantèrent tout bas. Tom agita sa feuille rouge. Et le vent répondit dans les branches : froufrou, froufrou.

La Citrouille ferma les yeux.

« Bonne nuit, les amis. »

« Bonne nuit », souffla le Petit Fantôme.

Les coussins gardèrent leur chaleur, les feuilles continuèrent leur promenade, et la douce nuit d’automne s’endormit tout autour d’eux.

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