Le secret du panier de noisettes

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La nuit d’Halloween avait posé son grand manteau bleu sur le village. Les fenêtres brillaient de petites lumières, et des enfants déguisés passaient de maison en maison avec des paniers remplis de bonbons.

Au bord du chemin, la Citrouille au chapeau-feuille jaune avançait d’un pas joyeux. Une écharpe verte entourait son petit cou rond. À côté d’elle flottait le Petit Fantôme en feutre blanc. Il portait une lanterne dorée sans flamme. Elle brillait toute seule, comme une étoile bien élevée.

« Tu crois qu’on trouvera des châtaignes grillées ? demanda la Citrouille.

« Ou des pommes au miel, répondit le Petit Fantôme. Peut-être même des noisettes ! »

À ce moment-là, un bruit léger vint du grand noisetier. Toc, toc, toc.

Sous les feuilles, les deux amis découvrirent un joli panier tressé. Son couvercle était fermé par un petit bouton en bois. Une feuille jaune y était dessinée.

La Citrouille tira doucement. Rien ne bougea.

Le Petit Fantôme essaya à son tour. Le bouton resta bien fermé.

« Il n’est pas coincé, murmura une voix. Il attend. »

C’était Praline, une feuille parlante, posée sur une branche.

« Il attend quoi ? demanda la Citrouille.

« Une gentille attention. Mais laquelle ? Ça, le panier ne le dit jamais. »

Les amis regardèrent autour d’eux. Près du tronc, Miette l’écureuil poussait une noisette avec son petit nez.

« Bonsoir, Miette ! dit le Petit Fantôme. Tu veux venir voir le panier ? »

Miette leva les yeux. Elle avait les pattes pleines de noisettes.

« J’aimerais bien, mais je dois rentrer. J’ai trouvé beaucoup de réserves pour l’hiver. »

Elle montra un tas caché sous les racines. Il y avait tant de noisettes que le tas débordait sur le chemin.

Une bourrasque se leva. Les noisettes roulèrent de tous les côtés. Miette courut à droite, puis à gauche, sans savoir laquelle ramasser d’abord.

« Attends, on va t’aider », dit la Citrouille.

Elle se plaça au milieu du chemin pour arrêter les noisettes avec son gros ventre rond. Le Petit Fantôme fit danser sa lanterne dorée. Sa lumière montra les noisettes cachées dans l’herbe.

Miette les ramassa une par une. Mais bientôt, elle soupira.

« Il y en a trop pour mon petit terrier. Je voulais toutes les garder, au cas où je manquerais. »

Le Petit Fantôme ne se moqua pas. Il s’assit près d’elle.

« Tu avais peur de ne plus en avoir ? »

Miette hocha la tête.

La Citrouille réfléchit. Puis elle retira de son écharpe verte un petit ruban.

« On pourrait faire trois tas. Un pour toi, un pour les écureuils qui n’ont rien trouvé, et un pour les goûters de la fête. Comme ça, tes réserves resteront bien grandes, et personne ne passera l’hiver le ventre vide. »

Miette regarda ses noisettes. Elle en prit une dans chaque patte, puis sourit.

« D’accord. Mais vous m’aidez à compter ? »

Ils commencèrent ensemble. Une noisette pour Miette, une noisette à partager, une noisette pour la fête.

Quand le dernier tas fut bien rangé, Miette apporta des noisettes aux jeunes écureuils du voisinage. Elle en glissa aussi quelques-unes dans une petite boîte pour la fête. Les autres restèrent dans son terrier, bien au sec.

« Je me sens plus légère », dit-elle. « Et pourtant, j’ai encore beaucoup de réserves. »

Praline frissonna sur sa branche.

« Le panier a peut-être entendu. »

Les trois amis retournèrent près du noisetier. La Citrouille posa une noisette devant le panier.

« Celle-ci est pour quelqu’un qui en aura besoin. »

Le Petit Fantôme ajouta un petit bonbon enveloppé de papier orange.

« Et celui-ci est pour partager. »

Miette déposa une noisette brillante.

« Celle-ci est pour remercier mes amis. »

Toc.

Le bouton en bois bougea.

Le couvercle s’ouvrit tout doucement, sans grincement. À l’intérieur, il n’y avait ni trésor étincelant ni montagne de friandises. Il y avait trois petites tasses, une couverture à carreaux et une carte pliée en forme de feuille.

La Citrouille ouvrit la carte. Elle lut à voix haute :

« Ce panier garde ce qui grandit quand on pense aux autres. Il s’ouvre quand chacun apporte une attention sincère. »

Sous les mots, trois petits dessins étaient peints : une citrouille, une lanterne et un écureuil.

« Il nous connaissait déjà ! s’étonna Miette.

« Peut-être qu’il attendait seulement que nous nous rencontrions », répondit le Petit Fantôme.

Dans le fond du panier, ils trouvèrent aussi une petite graine dorée. Praline la reconnut tout de suite.

« Plantez-la près du noisetier. Elle donnera un arbre pour les goûters d’amis. »

Ils plantèrent la graine dans la terre douce, entre deux racines. Miette l’arrosa avec une goutte d’eau gardée dans une coquille. La Citrouille recouvrit le trou de feuilles. Le Petit Fantôme posa sa lanterne dorée juste au-dessus.

Alors, une minuscule pousse apparut. Elle trembla dans la lumière, puis déploya deux feuilles brillantes.

« Il faudra revenir demain », dit la Citrouille.

« Et après-demain aussi », ajouta Miette.

Le Petit Fantôme installa la couverture près du panier. Tous trois s’assirent autour des petites tasses. Miette partagea des noisettes grillées et refroidies. La Citrouille distribua les bonbons de la fête. Le Petit Fantôme, lui, versa dans chaque tasse une boisson tiède parfumée à la pomme.

Au loin, on entendait des rires et des pas légers. Les enfants déguisés rentraient chez eux, leurs paniers bien remplis. Une sorcière en cape violette salua la Citrouille. Un petit dragon en pyjama fit coucou au fantôme, qui répondit en agitant sa lanterne.

La nuit devenait calme. Dans le panier, la carte en forme de feuille semblait luire doucement.

« Alors, quel était le secret ? demanda Miette.

La Citrouille regarda ses amis. Le Petit Fantôme regarda Miette. Praline se posa sur le bord du panier.

« Je crois qu’il ne gardait pas vraiment des noisettes, dit la Citrouille. Il gardait le moment où chacun pense aux autres. »

Miette serra la petite tasse entre ses pattes.

« Et maintenant, il garde aussi notre amitié. »

Le panier referma son couvercle, mais cette fois, il ne verrouilla pas son bouton.

Depuis cette nuit-là, chaque Halloween, les trois amis revenaient sous le noisetier. Ils apportaient toujours quelque chose à partager. Et le panier s’ouvrait avant même qu’on le touche.

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