Le kiosque aux couleurs d’automne
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La nuit d’automne avait posé son grand manteau bleu sur le village. Les feuilles dansaient doucement sur le chemin, et les fenêtres brillaient comme de petites étoiles.
Au bord de la place, la Citrouille au chapeau-feuille jaune avançait avec précaution. Son écharpe verte lui entourait le cou et flottait derrière elle comme une longue liane.
À côté d’elle trottinait le Petit Fantôme en feutre blanc. Il portait une lanterne dorée sans flamme. Elle brillait toute seule, d’une lumière chaude et tranquille.
« Voilà l’endroit parfait », dit la Citrouille.
Près du vieux banc, Basile, qui connaissait toutes les histoires de la place, les regardait installer quatre petits piquets.
« Que préparez-vous donc ? » demanda-t-il.
« Un kiosque aux couleurs d’automne ! répondit le Petit Fantôme. Nous allons offrir des rubans aux promeneurs et aux enfants déguisés. »
Miette l’écureuil arriva en courant, une noisette sous le bras.
« Je peux aider ? »
« Bien sûr ! » dit la Citrouille.
Bientôt, le kiosque fut prêt. Son toit était couvert de feuilles rousses. Des paniers de rubans attendaient les visiteurs : rouge comme une pomme, orange comme une citrouille, jaune comme la lune, vert comme la mousse, violet comme le soir.
La Citrouille accrocha une clochette à l’entrée. Le Petit Fantôme posa sa lanterne sur le comptoir.
« Quand les promeneurs arriveront, chacun choisira son ruban », expliqua-t-il.
Et, dans la douceur de la nuit, le kiosque attendit.
Les premiers promeneurs ne tardèrent pas. Il y avait un petit dragon en carton, une fée avec des chaussettes rayées, deux frères habillés en feuilles et une dame qui portait un chapeau plein de plumes.
Chacun choisissait un ruban.
« Un orange pour moi ! »
« Un violet, s’il te plaît ! »
« Le jaune ira très bien avec mes ailes ! »
La Citrouille nouait les rubans avec soin. Le Petit Fantôme les tendait en souriant. Miette, elle, indiquait les couleurs du bout de sa queue.
Même Basile reçut un ruban vert que la Citrouille attacha à l’un de ses barreaux.
« Cela me donne un air de fête », dit le vieux banc.
Tout le monde riait doucement. Le kiosque semblait chanter avec sa petite clochette.
Mais soudain, un courant d’air descendit de la colline.
Ffffffouuuuu !
Les feuilles s’envolèrent. Les rubans frémirent dans leurs paniers. Puis le vent entra sous le toit du kiosque et fit tournoyer toutes les couleurs.
Le rouge se mêla au jaune. Le violet s’enroula autour du vert. L’orange disparut sous une pluie de rubans.
Quand le vent repartit, les paniers étaient sens dessus dessous.
« Oh là là », murmura le Petit Fantôme.
Les promeneurs regardèrent les rubans mélangés. La petite fée cherchait son violet, mais ne trouvait que du rouge. Le petit dragon tenait trois bouts de couleurs différentes.
La Citrouille soupira. Son chapeau-feuille pencha sur le côté.
« Nous ne pourrons jamais tout remettre en place avant la fin de la promenade. »
Miette grimpa sur le comptoir. Elle observa les rubans, puis le chemin couvert de feuilles.
« Peut-être que le vent ne les a pas vraiment perdus, dit-elle. Peut-être qu’il leur a seulement donné envie de danser. »
Miette sauta du comptoir et courut jusqu’au bout de la place.
« Regardez ! Le vent a laissé des traces ! »
Sur le sol, les rubans formaient de longues lignes colorées. Le rouge suivait les feuilles rouges. Le jaune serpentait près des lampadaires. Le vert longeait les buissons. Le violet brillait près des arbres, dans la lumière douce.
Le Petit Fantôme leva sa lanterne.
« Et si nous suivions chaque couleur en musique ? »
La Citrouille comprit aussitôt.
Elle prit la clochette du kiosque et la fit sonner. Ting, ting !
« Tous ceux qui portent un ruban rouge, venez derrière moi ! » cria-t-elle joyeusement.
Le petit dragon, plusieurs enfants et même une dame au grand chapeau se placèrent en file.
Le Petit Fantôme appela les rubans jaunes. Puis Miette rassembla les verts. Les enfants aux rubans violets se mirent à tournoyer près de Basile.
Basile avait une idée lui aussi.
« Passez devant moi, un groupe après l’autre. Je garderai les rubans bien à plat sur mon dossier. »
Alors la parade commença.
Les rouges avancèrent en frappant doucement des pieds. Les jaunes agitaient leurs rubans comme des rayons de lune. Les verts imitaient les branches qui bougent. Les violets tournaient lentement, comme des pétales dans le soir.
À chaque passage devant le vieux banc, la Citrouille récupérait les rubans et les déposait dans le bon panier.
Le Petit Fantôme éclairait les chemins avec sa lanterne dorée. Sa lumière sans flamme faisait briller les couleurs sans chauffer les doigts.
« Rouge avec rouge ! »
« Vert avec vert ! »
« Et le violet dans le panier violet ! » chantait Miette.
Même le vent semblait écouter. Il soufflait maintenant tout doucement, juste assez pour faire danser les rubans dans la parade.
Peu à peu, tous les rubans retrouvèrent leur panier.
Le rouge rejoignit le rouge. L’orange retrouva l’orange. Le jaune, le vert et le violet se rangèrent à leur tour, bien sagement, sous le toit de feuilles.
Les promeneurs applaudirent une seule fois, comme une grande vague douce. Puis chacun choisit un nouveau ruban pour terminer la balade.
Le petit dragon prit l’orange. La fée aux chaussettes rayées choisit le violet. Les frères habillés en feuilles attachèrent du jaune à leurs manches.
La Citrouille noua un ruban vert autour du cou de Miette.
« Pour toi, la plus habile des chercheuses de couleurs. »
Miette fit une petite révérence.
Le Petit Fantôme accrocha un ruban doré à la poignée de sa lanterne.
« Et celui-ci pour notre lumière », dit la Citrouille.
Basile, avec son ruban vert, semblait très fier. Il accueillit les derniers visiteurs qui venaient manger un bonbon, raconter une devinette ou admirer les déguisements.
Quand la lune monta plus haut, la place devint calme. Le kiosque restait illuminé par la lanterne dorée et les rubans rangés dans leurs paniers.
« Tu crois que le vent recommencera demain ? » demanda le Petit Fantôme.
La Citrouille leva les yeux vers les feuilles qui frémissaient.
« Peut-être. Alors nous organiserons une autre parade. »
Miette s’installa sur le vieux banc. Basile bougea doucement, comme s’il souriait.
Les deux amis fermèrent le kiosque, sans oublier de laisser une petite clochette à l’entrée. Dans le village, les rubans colorés dansaient encore aux poignets et aux chapeaux.
Et sous la lune d’automne, la nuit d’Halloween continua, douce, joyeuse et pleine de couleurs.
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